La Journée internationale de la femme, portrait : Astrid Manroth

08/03/2018
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À l’occasion du 8 mars, la Journée internationale de la femme, nous donnons la parole à huit femmes, plus une – notre directrice du genre, des femmes et de la société civile. Toutes sont des femmes formidables qui travaillent à la Banque africaine de développement. Voici le cinquième entretien de cette série.

Entretien avec Astrid Manroth, directrice aux partenariats transformateurs pour l’énergie

Quel élément personnel ou professionnel déterminant a contribué à ce que vous êtes aujourd’hui ?

Quand je suis arrivé pour la première fois au Cameroun en qualité de spécialiste en énergie pour la Banque mondiale, deux ans après avoir suivi le programme Jeunes professionnels, j’étais relativement jeune. De ce fait, les autorités camerounaises et des collègues avaient initialement certaines réserves à mon égard. Certains ont même essayé de me dire que ma priorité devrait être de fonder une famille plutôt que de travailler au Cameroun. Cependant, j’étais déterminée à œuvrer pour le développement du secteur énergétique du Cameroun et à développer le portefeuille de projets de la Banque mondiale dans le secteur énergétique. Il m’a donc fallu gagner le respect des autorités et de certains de mes collègues. J’y suis parvenue en travaillant dur, en me focalisant sur les meilleures solutions techniques pour le pays, en nouant une relation de confiance avec les autorités, en me tenant à l’écart de la scène politique et en travaillant en collaboration avec d’autres partenaires de développement, dont la Banque africaine de développement.  J’avais préparé le projet hydroélectrique complexe de Lom Pangar en vue de le soumettre à l’approbation du Conseil d’administration puis  obtenu la participation financière des banques locales au projet de centrale à gaz de Kribi grâce à une utilisation innovante de la garantie de risque partielle de la Banque mondiale et aidé le gouvernement à créer un fonds pour la distribution d’électricité dans les zones rurales – représentant un total d’environ 1 milliard de dollars américains mobilisés auprès de sources publiques et privées pour le secteur énergétique du Cameroun. Après ce succès,  plus personne n’a douté de moi.

Être femme a-t-il été un obstacle ou un avantage dans l’évolution de votre parcours professionnel ?

Selon mon expérience, ma condition de femme a été un avantage lorsque j’ai travaillé dans des organisations qui ont adopté un environnement multiculturel, le respect, la méritocratie et la diversité. J’ai également eu le privilège de pouvoir m’inspirer de femmes engagées occupant des postes de haute direction et qui entendaient soutenir et promouvoir les femmes dans leurs organisations. À l’inverse, le fait que je sois une femme a été un désavantage lorsque j’ai travaillé dans des institutions où la culture internationale est faible et qui privilégient les considérations politiques au détriment de la méritocratie. La mentalité de cercles « réservés aux hommes » existe toujours. Dans ce contexte, au cours de ma carrière, j’ai également été la cible de nombreux actes qui, selon moi, relèvent d’une discrimination à l’égard des femmes. Cette situation ne peut plus durer. Il existe aujourd’hui suffisamment d’études démontrant qu’une main-d’œuvre diversifiée et l’autonomisation des femmes sur le lieu de travail favorisent une performance organisationnelle améliorée.

Que représente la Journée du 8 mars pour vous ? Tous les jours de l’année doivent-ils être le 8 mars ?

Dans un monde idéal, nous n’aurions pas besoin d’inscrire la Journée de la femme dans notre calendrier. Cependant, le monde a encore un long chemin à parcourir avant que les femmes ne bénéficient d’un traitement équitable dans la société et sur le lieu de travail. D’ici là, nous avons besoin d’une Journée internationale de la femme, nous avons besoin de cibles organisationnelles pour instaurer la parité hommes-femmes aux postes de direction, dans les conseils d’administration ainsi qu’au niveau salarial, et nous avons besoin de réseaux formels et informels qui soutiennent les femmes et promeuvent leur autonomisation.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent s’inspirer de votre parcours professionnel ?

Faites de bonnes études. Travaillez sans relâche. Croyez en vous, écoutez votre voix intérieure et suivez votre vision. Ne laissez personne douter de vous, ni vous arrêter. Trouvez un modèle exemplaire et sollicitez des conseils. Comme l’a déclaré Nelson Mandela, « cela semble toujours impossible jusqu’à ce que ce soit fait ».


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