La Journée internationale de la femme, portrait : Jennifer Blanke

08/03/2018
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À l’occasion du 8 mars, la Journée internationale de la femme, nous donnons la parole à huit femmes, plus une – notre directrice du Genre, des femmes et de la société civile. Toutes sont des femmes formidables qui travaillent à la Banque africaine de développement. Voici le deuxième entretien de cette série.

Entretien avec Jennifer Blanke, vice-présidente chargée de l’Agriculture, du développement humain et socialtypo3/#_msocom_1

Quel élément personnel ou professionnel déterminant a contribué à ce que vous êtes aujourd’hui ?

J’ai grandi à New York dans les années 1970 et 1980. Comme certains s’en souviennent peut-être, à l’époque, la vie à New York était bien plus rude qu’aujourd’hui, et il n’était pas nécessaire de sortir des cinq arrondissements de la ville pour constater toute l’étendue des inégalités économiques. Le plus frappant était que la circonscription la plus riche de tous les États-Unis à l’époque couvrait plusieurs sections du quartier Upper East Side et ne se trouvait qu’à quelques stations de métro de la circonscription la plus pauvre du pays, qui comprenait le quartier South Bronx, où je me rendais régulièrement car mon père y travaillait. Quand j’étais jeune, il me semblait pratiquement inimaginable que des gens puissent vivre si proches et en même temps si loin les uns des autres à tant d’égards. J’ai souvent pensé qu’avoir été témoin si jeune de contrastes si saisissants avait été l’une des expériences qui ont suscité chez moi une fascination pour le développement, les inégalités et leurs causes profondes. La question qui me tracasse encore aujourd’hui est la suivante : dans un monde où la technologie et le savoir-faire peuvent favoriser la prospérité et offrir de nouvelles perspectives, pourquoi tant de personnes vivent-elles encore dans la pauvreté et le désespoir ? Cela ne peut plus durer.

Être femme a-t-il été un obstacle ou un avantage dans l’évolution de votre parcours professionnel ?

Mes parents m’ont toujours dit que je pourrais devenir ce que je voudrais dans la vie et, grâce à leur soutien inébranlable, l’idée que mon sexe puisse être un handicap ne m’a jamais effleurée. En revanche, je dois reconnaître que j’ai rencontré peu de modèles ou de mentors féminins pour me conseiller au cours de ma vie professionnelle. De plus, étant donné que j’avais choisi un domaine plutôt dominé par les hommes, il m’est souvent arrivé d’être l’unique femme autour de la table et l’une des seules femmes dans la salle. Les choses changent, mais pas assez rapidement, car nous savons tous que la diversité des perspectives, quelles qu’elles soient, renforce la qualité des débats et améliore les prises de décisions.

Que représente la Journée du 8 mars pour vous ? Tous les jours de l’année doivent-ils être le 8 mars ?

Je me place d’un point de vue socioéconomique. Les femmes représentent un peu plus de 50 % des talents du monde et, si elles n’ont pas la possibilité de contribuer pleinement à la société et à l’économie, alors nous sommes en train de nous tirer une balle dans le pied, selon l’expression consacrée. Je ne sais pas si chaque jour devrait être la Journée internationale des droits des femmes, mais chaque jour, les femmes du monde entier devraient être en mesure d’apporter leur entière contribution et de porter leur moitié du monde. Nous avons besoin des actions et des idées de l’ensemble des habitants de la planète pour relever les immenses défis auxquels nous sommes confrontés.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent s’inspirer de votre parcours professionnel ?

Je leur conseillerais déjà de s’assurer d’établir des réseaux de soutien efficaces. À mesure que l’on gravit les échelons au sein d’une organisation, la concurrence se fait de plus en plus rude. Il faut pouvoir disposer d’amis et de collègues de confiance auxquels demander conseil et appui. Parfois, il est nécessaire d’établir de tels éléments, même en partant de rien. Par exemple, lorsque je vivais à Genève, j’ai créé un petit groupe « Lean In » (groupe de soutien) avec une équipe de femmes formidables. Nous nous réunissions régulièrement pour discuter des possibilités et des difficultés de chacune, échanger des conseils et nous soutenir mutuellement. Parfois, nous nous retrouvions simplement pour bavarder. Je n’y vis plus aujourd’hui, mais ces femmes continuent de se réunir régulièrement et j’essaye de les retrouver chaque fois que je suis de passage dans la ville.

Quant aux leçons que l’on pourrait tirer de mon expérience professionnelle, entendre des personnes me demander comment j’ai « géré » ma carrière m’a toujours fait sourire. En vérité, comme l’a dit le grand John Lennon, « la vie, c’est ce qui arrive quand on est occupé à d’autres projets ». Vous n’avez pas besoin d’avoir un plan défini, mais vous devez vous tenir prêtes à vous adapter. La vie vous entraînera inévitablement sur des trajectoires diverses, que ce soit du fait de votre carrière ou de votre vie privée, par exemple lorsque vous endossez des responsabilités personnelles comme avoir des enfants ou vous occuper d’autres membres de votre famille. Je pense que le plus important est d’accomplir un travail qui vous passionne et de saisir les occasions qui s’offrent à vous. Les choses se mettront alors naturellement en place. Et ne reculez pas en pensant que vous n’arriverez peut-être pas à faire les choses de façon parfaite. Les femmes sont souvent des perfectionnistes. Mais ce n’est pas de dirigeants parfaits dont le monde a besoin, c’est de dirigeants passionnés qui souhaitent bâtir un avenir meilleur pour nous tous. Pour y parvenir, nous avons besoin que davantage de femmes apportent leur passion et leur intelligence à des postes haut placés.


"Vice President Blanke is part of AfDB's Blog Team. You can follow her Economic Growth, Human and Social Development updates by clicking here."


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