La Journée internationale de la femme, portrait : Oley Dibba-Wadda

08/03/2018
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À l’occasion du 8 mars, la Journée internationale de la femme, nous donnons la parole à huit femmes, plus une : notre directrice du genre, des femmes et de la société civile. Toutes sont des femmes formidables qui travaillent à la Banque africaine de développement. Voici le quatrième portrait de cette série.

Entretien avec Oley Dibba-Wadda, directrice du capital humain, de la jeunesse et du développement des compétences

Quel élément personnel ou professionnel déterminant a contribué à ce que vous êtes aujourd’hui ?

Je m’appelle Oley Lucretia Clara Dibba-Wadda. D’origine gambienne, je suis l’aînée de quatre enfants. Mariée, j’ai moi-même une fille et trois fils. Sur le plan personnel, mon adolescence a été une période déterminante de ma vie. J’étais très sociable, très affable. Je cuisinais très bien (c’est toujours le cas). Je partageais toujours tout ce que je possédais sans même y penser. Je n’y accordais pas d’importance à l’époque ; ce n’est que bien plus tard qu’on me l’a fait remarquer et qu’on m’a raconté des histoires qui montraient à quel point je donnais et partageais ce que j’avais avec les autres. Je crois donc que le fait de partager et d’être reconnaissante envers la vie m’ont façonnée.

Sur le plan professionnel, je défends ardemment l’égalité de genre et l’autonomisation des jeunes. Je sers de mentor à plusieurs jeunes femmes et suis coach de développement personnel et spirituel certifiée. J’encourage ces jeunes femmes africaines à viser l’excellence académique, professionnelle et spirituelle dans leur vie et leur carrière, notamment en soutenant financièrement leur éducation et en les aidant à trouver des postes de stagiaires ou à participer à des programmes professionnels destinés aux jeunes au sein d’organisations de développement international. J’ai reçu le prix « Inspiring Woman of Excellence » en Gambie en 2012 et la récompense « African Woman Leadership » à Maurice en 2013. J’ai également été nominée pour la récompense « New African Woman for Education » en 2017. Récemment, j’ai retracé mon parcours personnel et professionnel dans un récit intitulé « Memoirs of an African Woman on a Mission ».

Être femme a-t-il été un obstacle ou un avantage dans l’évolution de votre parcours professionnel ?

Je dirais que cela a été les deux, à la fois un obstacle et un avantage. L’environnement professionnel auquel sont exposées les femmes en 2018 demeure largement patriarcal : les femmes doivent travailler le temps requis, le week-end et les jours de semaine, puis rentrer à la maison pour s’occuper de leurs enfants et de leur mari, tout en étant impliquées dans des activités sociales. Mener de front ces trois rôles est parfois difficile et il faut souvent faire des concessions. Trouver un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle peut être délicat. Pour ma part, et cela me peine, j’ai dû quelque peu renoncer à ma vie sociale. Je me souviens, quand je vivais au Royaume-Uni, il a fallu que je travaille deux fois plus dur pour arriver en haut de l’échelle. Si je dis deux fois plus dur, c’est parce que j’ai dû surmonter des obstacles en tant que femme noire en pleine ascension professionnelle vivant au Royaume-Uni, mariée et mère de quatre jeunes enfants. La période la plus difficile pour moi a été quand je travaillais à temps plein comme conseillère en genre au sein de l’ONG Oxfam Grande-Bretagne à Oxford, où se trouvait son siège. Je parcourais plus de 150 kilomètres par jour pour me rendre à mon travail et partais en déplacement professionnel six mois par an. J’étais alors en deuxième année de thèse à l’université d’East Anglia à Norwich et je devais faire presque 250 kilomètres pour rejoindre la faculté les jours de cours, tout en effectuant mes travaux de recherche et en prenant soin de quatre enfants dans un environnement européen. À l’époque, je voulais vraiment tout ! Les diplômes universitaires les plus élevés, le poste de leadership le plus élevé, être mère, être une épouse. Ceci étant dit, les principaux facteurs qui m’ont permis de surmonter ces obstacles ont été le soutien et les encouragements de mes parents, de mon mari et de mes enfants, à une époque où ceux-ci étaient jeunes et avaient le plus besoin de moi. Sans oublier le sacrifice réalisé par mon mari, qui a quitté sa vie professionnelle de façon anticipée pour rester à la maison et s’occuper de nos enfants. Cela n’était pas courant à l’époque (il y a douze ans), surtout pour un homme africain. Il a choisi de m’aider à réaliser mes rêves. Un deuxième facteur décisif a été d’avoir une vision claire de ce que je voulais et de me concentrer sur les objectifs fixés sans laisser aucune distraction s’interposer. Le troisième point important a été de faire preuve de discipline, d’engagement, de constance et de volonté d’apprendre. Enfin, la capacité d’avoir un esprit ouvert était essentielle, pour accepter les difficultés comme autant d’occasions de croissance personnelle et professionnelle.

Que représente la journée du 8 mars pour vous ? Tous les jours de l’année doivent-ils être le 8 mars ?

Le mois de mars en général est un moment particulier pour moi. Je suis née au mois de mars. Dans de nombreux pays, comme au Royaume-Uni où je suis née, la fête des mères tombe au mois de mars. La Journée internationale de la femme est également en mars. Mon arrière-grand-mère, qui était mon modèle et mon icône, était née en mars. Est-il nécessaire d’en dire plus ? De façon plus générale, la Journée des femmes doit être célébrée chaque jour car « nous portons la moitié du ciel et donnons naissance à l’autre moitié ». Filles, épouses, mères et sœurs, toutes les femmes devraient être célébrées chaque jour, chaque heure, chaque minute et chaque seconde.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent s’inspirer de votre parcours professionnel ?

  • Il n’y a pas de bon ou de mauvais chemin. Tout est question de perspective : qui donne son point de vue, quelle est son expérience, son parcours et son savoir.
  • Si vous voulez réaliser quelque chose, faites-le. Rien n’est impossible pour qui le souhaite vraiment.
  • N’ayez pas peur de prendre des risques : c’est nécessaire pour réussir. Quand vous tombez, relevez-vous, secouez la poussière, puis reprenez là où vous en étiez. Recommencez chaque fois que c’est nécessaire, et vous finirez par réaliser vos rêves. « On n’a rien sans rien. »
  • Rien n’est gratuit dans la vie. Il faut travailler dur pour réaliser ses rêves.
  • La vie est faite de leçons à tirer et de chances à saisir. Accueillez les défis comme des enseignements qui vous préparent à accomplir quelque chose de plus important.
  • Les gens croisent votre chemin pour « une raison, une saison ou pour la vie ». Chacun d’entre eux peut vous apprendre quelque chose, donc soyez prêt à recueillir ces enseignements.
  • « La gratitude ! » - Éprouvez de la gratitude pour tout ce que vous avez dans la vie, aussi insignifiant un élément puisse-t-il vous paraître.

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