La Journée internationale de la femme, portrait : Vanessa Moungar

08/03/2018
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À l’occasion du 8 mars, la Journée internationale de la femme, nous donnons la parole à huit femmes, plus une – la directrice du Genre, des femmes et de la société civile. Toutes des femmes formidables de la Banque africaine de développement. Voici le premier entretien de la série.

Entretien avec Vanessa Moungar, directrice du Genre, des femmes et de la société civile

Quel élément personnel ou professionnel déterminant a contribué à ce que vous êtes aujourd’hui ?

J’ai grandi entre le Tchad et la France, consciente à un très jeune âge du déséquilibre qui règne dans le monde. Grâce à ma double citoyenneté, j’ai pu bénéficier d’une éducation et de services de santé de qualité et de possibilités plus étendues pour réaliser mon potentiel par rapport à nombre de mes proches au Tchad. Tout en appréciant la chance que j’ai eue, j’ai trouvé que c’était profondément injuste. Cela m’a incitée non seulement à en profiter pleinement, mais également à me consacrer à œuvrer au renforcement de l’égalité et de la justice sociale dans le monde. L’Afrique est en passe de connaître une croissance continue, et sa richesse la plus extraordinaire est sa population. Mon rêve est que l’Afrique tire pleinement parti de son potentiel et permette à tous ses enfants d’accéder aux opportunités.

Que signifie le 8 mars pour la Banque africaine de développement ?

En même temps que le reste du continent, la Banque africaine de développement célèbre depuis longtemps la Journée internationale de la femme. C’est une journée qui rassemble les personnes autour de la célébration des femmes et offre la possibilité de faire le point sur les progrès accomplis ainsi que sur les obstacles qui empêchent les femmes de contribuer pleinement à la croissance dans nos pays. Cette année, nous avons déployé des efforts particuliers pour examiner notre organisation de l’intérieur. Nous programmons des échanges collaboratifs avec les membres du personnel afin de déterminer comment maintenir la pression pour que des progrès soient réalisés en interne, en améliorant notre environnement de travail et en redoublant d’efforts pour recruter et retenir des femmes talentueuses, et nous assurer de leur concours. Des conversations seront engagées dans l’ensemble de la Banque, depuis le siège jusqu’aux centres régionaux et aux bureaux de pays. Nous saisirons également cette occasion pour décerner les certificats de fin de formation des premières diplômées de notre programme Crossing Thresholds (Franchir les seuils), qui vise à encourager le développement du leadership des femmes. Parallèlement, nous participons à des débats portant sur les moyens de renforcer l’autonomisation des femmes à travers nos opérations, afin de veiller à ce que nos interventions de développement soient réellement centrées sur la personne et reconnaissent la spécificité des besoins respectifs des femmes et des hommes. Nous profitons également de l’occasion pour souligner l’impact de nos opérations sur la vie des femmes du continent au moyen d’une exposition photo innovante, illustrant les rôles des femmes dans les projets, qu’elles en soient les exécutantes ou les bénéficiaires.

Au-delà de la célébration même du 8 mars, comment la Journée internationale de la femme est-elle illustrée dans les actions quotidiennes de la Banque africaine de développement ?

L’autonomisation des femmes est au cœur de la stratégie de la Banque africaine de développement, et c’est une condition préalable à la réussite des objectifs de développement de la Banque. L’un des principaux objectifs du département du genre, des femmes et de la société civile est de soutenir l’intégration de l’égalité des sexes dans toutes les opérations de la Banque, nous permettant ainsi de faire en sorte que tous les projets concernés abordent spécifiquement les besoins des femmes, que ce soit en matière d’éducation, de santé et de nutrition, ou encore d’infrastructures, de transport et d’énergie. Nous observons un mouvement mondial dans cette direction, et nous collaborons étroitement avec tous les partenaires de développement pour partager les meilleures pratiques et nous assurer que nous améliorons toutes et tous notre performance et renforçons notre impact, de manière plus étendue et plus rapide. Par ailleurs, la Banque a élaboré des initiatives phares qui ciblent spécifiquement les femmes. Notre programme de discrimination positive en matière de financement pour les femmes d’Afrique a pour but de combler le déficit de financement pour les femmes entrepreneures et de leur faciliter l’accès aux financements, aux réseaux et aux marchés. Notre initiative Fashionomics (Économie de la mode) cherche à renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur du textile, depuis les exploitations cotonnières jusqu’aux rayons des magasins. Avec les partenaires, nous cherchons à renforcer l’implication des femmes dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM), à élargir la participation des femmes au leadership politique et économique, et à faire en sorte qu’elles soient au premier plan des initiatives d’atténuation des effets du changement climatique.

Que fait la Banque pour s’assurer que la dimension du genre est prise en compte dans son partenariat avec les gouvernements et le secteur privé ?

La Banque s’est équipée des outils et de la structure nécessaires pour s’engager sur cette trajectoire transformationnelle. Nous avons mis au point un système de marqueur de genre en vue de classer toutes les opérations en fonction de leur impact sur les femmes. Nous avons déployé dans les centres régionaux des experts en genre qui sont chargés d’appuyer les projets depuis leur conception jusqu’à leur mise en œuvre. Nous déployons à grande échelle des trousses à outils et des directives à l’intention de tout le personnel de la Banque. Nous intégrons les accomplissements réalisés en matière de genre dans notre cadre de mesure des résultats institutionnels. En outre, nous accélérons nos activités d’élaboration de profils de genre par pays et intensifions nos actions de collecte de données pour aider les pays à renforcer leurs capacités de gestion des statistiques. Enfin, nous encourageons continuellement un dialogue politique et apportons notre appui à la réforme institutionnelle dans les pays membres régionaux, afin d’accélérer la transformation de l’Afrique et d’assurer un changement systémique pour faire progresser la situation des femmes, aujourd’hui et pour les générations à venir.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaiteraient s’inspirer de votre parcours professionnel ?

Je dirais aux jeunes femmes ce que je dirais aux jeunes hommes : travaillez sans relâche, car c’est la meilleure manière d’accomplir ce à quoi vous aspirez. Croyez en vos rêves. Exprimez-les, car vous aurez besoin des autres pour les réaliser, et personne ne peut vous aider sans savoir comment. Ayez des valeurs inébranlables, et servez-vous-en comme d’une boussole qui vous accompagnera toute votre vie pour rester fidèle à vous-même. Enfin et surtout, soyez bonne envers vous-même et les autres, et prenez-y plaisir !