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Madagascar : le sud-ouest de l’île revivifié grâce aux projets de la Banque africaine de développement

12-Feb-2019
Johanès Frédéric Randribnitsamamanan préside la Fédération des associations des usagers de l’eau dans la zone d'Ambahikily.

Ambahikily est une commune urbaine de quelque 35 000 habitants, située au sud-ouest de Madagascar. Pendant près d’une décennie, la région d’Atsimo-Andrefana n’a pas été épargnée par la famine ni l’insécurité, se souvient Johanès Frédéric Randribnitsamamanan, président de la Fédération locale des associations des usagers de l’eau. À l’époque, les paysans travaillaient de manière individuelle, chacun exploitant son lopin. Mais les choses ont bien changé en seulement quatre ans. « Avec la réhabilitation des infrastructures agricoles, nous avons réappris à travailler ensemble, explique-t-il. Dans le cadre de ce projet, nous avons également reçu des formations économiques et techniques. Non seulement, l’eau qui arrive sur nos champs est plus abondante et de meilleure qualité, mais en plus, nous savons mieux cultiver et mieux vendre. Tout cela fait que nous gagnons plus d’argent ».

« Avec la réhabilitation des infrastructures agricoles, nous avons réappris à travailler ensemble »


Nouvelle prise d'eau dans le fleuve de Mangoky financée grâce au projet porté par la Banque africaine de développement

Le projet en question, de réhabilitation et d’extension du périmètre de Bas-Mangoky, a reçu le soutien financier de la Banque africaine de développement dans la plaine du Bas-Mangoky (district de Morombe) à travers deux premières phases de travaux, l’une entre 2002 et 2008, l’autre entre 2012 et 2016. Parmi les principales réalisations figurent la réhabilitation de la prise d’eau sur le fleuve Mangoky, le développement des infrastructures de mobilisation des ressources en eau, l’aménagement des parcelles irriguées et l’utilisation des semences améliorées. Partie intégrante du projet, un processus de sécurisation foncière a permis la délivrance de 5 032 titres de propriété, dont 30 % sont revenus à des femmes.

Conséquence directe du doublement, voire du triplement, de la production agricole locale depuis 2012, les conditions de vie des habitants d’Ambahikily se sont améliorées. « Dans tout le village, nous construisons maintenant en dur. Avant, seul le maire avait une moto. Aujourd’hui, il y en a 150 ou 200, raconte Johanès. Tout cela est lié à l’augmentation de notre pouvoir d’achat. Nous avons pu installer des panneaux solaires et ainsi électrifier nos maisons ». D’autres changements sont attendus avec la troisième phase du projet lancée en 2017, et qui court jusqu’à la fin de cette année. Au total, 11 500 paysans devraient bénéficier d’une meilleure irrigation et de semences de meilleure qualité grâce à l’extension du périmètre du projet de 5 000 à 9 000 hectares.

A quelques centaines de kilomètres d’Ambahiliky, la commune d’Andranomangatsiaka (district de Betioky-Sud) se situe, elle aussi, dans le périmètre d’un projet financé par la Banque africaine de développement – le projet de réhabilitation des infrastructures agricoles de la région Sud-Ouest (PRIASO).


M. Realy est le trésorier de la Fédération des associations des usagers de l’eau de la zone d'Andranomangatsiaka.

M. Realy, trésorier de la Fédération locale des associations des usagers de l’eau, témoigne de son expérience. Il y a cinq ans, il était prêt à quitter la région car ne pouvant plus nourrir sa famille. Il n’y avait plus d’eau, il était devenu impossible de cultiver le riz, source principale de l’alimentation dans la région. En 2013, sa vie s’est vue transformée avec le lancement d’un deuxième projet de réhabilitation des infrastructures agricoles piloté par la Banque. Avec la construction de 74 km de canaux, 32 km de pistes et 40 km de digue de protection, M. Realy a vu sa production de riz repartir à la hausse. La même année, il a acheté une bête de trait pour cultiver les 40 ares qu’il possédait. En l’espace de deux ans, il a pu acquérir des terres supplémentaires ainsi que du matériel agricole. « J’ai maintenant huit hectares que je cultive avec une charrue et une roue rotative. J’ai aussi commencé à faire des économies en investissant dans le bétail. Il y a cinq ans, j’avais cinq têtes qui servaient à nourrir ma famille. Je possède aujourd’hui 30 zébus », dit-il fièrement. Ses douze enfants sont désormais scolarisés. Par exemple, l’aînée est étudiante en troisième année de philosophie à Tuléar (chef-lieu de la région d’Atsimo-Andrefana) alors qu’elle avait été déscolarisée un temps, lors des problèmes de sécheresse. Pour loger sa famille, M. Realy a maintenant construit quatre maisons électrifiées et aménagées.


Dieudonné Rasolofonirina, maire de la commune d’Andranomangatsiaka, dans le district de Betioky-Sud.

L’histoire de M. Realy n’est pas un cas isolé à Andranomangatsiaka, selon son maire, Dieudonné Rasolofonirina : « Notre commune possède 15 décortiqueuses, ce qui nous permet de vendre le riz blanc. Nous avons également des entrepôts de stockage pour attendre toute hausse du prix du riz afin de le vendre au plus offrant. En moyenne, on peut le vendre à 1 400 ariary malgaches le kilo (soit environ 0,35 euros) ». Et le maire de conclure : « Bien sûr, tout cela est possible parce que les pistes ont été réhabilitées dans le cadre du projet. »

 

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