Madagascar : La Banque africaine de développement participe à la métamorphose des modes de production agricole

25/01/2019
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Madagascar : La Banque africaine de développement participe à la métamorphose des modes de production agricole

C’est jour de marché à Tsianisiha, une commune rurale du district de Toliara, dans le sud-ouest de Madagascar. Sur la place centrale, les étals regorgent de mille produits qui attirent, chaque lundi, une foule d’acheteurs toujours plus dense. Et pour cause : en à peine cinq ans, Tsianisiha s’est métamorphosée, au plus grand bénéfice de ses habitants.

« Depuis la création de canaux d’irrigation secondaires et le bétonnage des anciens canaux, la production agricole a doublé, voire triplé », affirme M. Mamanjisoa, maire de ce gros bourg de quelque 20 000 habitants, qui accueille, comme chaque début de semaine, la Fédération des associations des usagers de l’eau. Au menu des discussions, la gestion et l’entretien des canaux d’irrigation.

M. Razafimandimby, président de ladite fédération, incarne à merveille le décollage agricole dans la région d’Atsimo-Andrefana. Cet agriculteur pratique, sur cinq hectares, une rotation des cultures : riz, pois de cap, manioc, maïs et coton. Avec une quantité d’eau accrue irriguant plus rapidement sa parcelle, il a pu doubler sa production. En moins de cinq ans, il a dépassé, par exemple, le seuil des deux tonnes de maïs par an. Si la moitié de sa production sert à nourrir sa famille et anticiper les aléas futurs, l’autre moitié est vendue pour acheter du bétail -moyen privilégié par les paysans malgaches pour faire des économies. Avec l’augmentation de ses revenus, il peut se permettre d’envoyer ses enfants au collège situé dans la commune voisine de Tsianisiha.

« Avant je n’étais pas considérée et je ne parlais à personne. Aujourd’hui, je négocie avec les hommes, je protège les intérêts du magasin. Je me sens plus forte »,

  - Delicia Zamane

Des réussites comme celle de M. Razafimandimby, le district de Toliara en compte beaucoup. Elles sont le résultat du programme de financement lancé en 2013 par la Banque africaine de développement, qui visait à moderniser les infrastructures agricoles locales. À l’époque, l’objectif de la Banque était double : d’une part, compenser les coupes budgétaires de l’État malgache en défaveur des plus pauvres, survenues au lendemain de la crise politique que l’île a traversée entre 2009 et 2013 ; d’autre part, palier les effets de l’extrême vulnérabilité de la région aux changements climatiques.

Fin décembre 2018, le district de Toliara comptait ainsi 74 km de canaux, 40 km de digues de protection couvrant 5 800 hectares de terres irriguées, ainsi que trois abris de stockage.

Pont rénové dans le cadre de la réhabilitation de la RN 9.

Pour accompagner cette expansion de l’agriculture locale et faire reculer la pauvreté, la Banque africaine de développement a financé également la réfection d’un tronçon de 107 km sur la RN9. Tsianisiha se trouve désormais à une heure et demie de voiture de sa voisine, Analamisampy. Avant les travaux, il fallait compter jusqu’à… cinq heures pour rallier les deux communes. « Depuis la rénovation de la RN9, non seulement nous écoulons nos produits plus rapidement, mais nous pouvons également accueillir plus de commerçants et de transporteurs », confirme le premier édile de la ville, M. Mamanjisoa. 

Delicia Zaname, présidente du bureau chargé de l’entrepôt de Tsianisiha, a été élue par les 45 associations membres.

Le mode de gestion des trois magasins de stockage, où sont entreposés le gros matériel et la production proposée à la vente, est, quant à lui, particulièrement novateur. Grâce aux recommandations émises par la Banque africaine de développement, des associations féminines ont obtenu l’exclusivité de la gestion, ce qui favorise l’autonomie et l’émancipation des femmes dans la région.

Délicia Zaname, présidente du bureau chargé du magasin de Tsianisiha, élue par les quarante-cinq associations qui en sont membres, peut en témoigner. Si ses conditions de vie se sont améliorées, c’est surtout en tant que femme, que ses responsabilités l’ont métamorphosée :

« Avant je n’étais pas considérée et je ne parlais à personne. Aujourd’hui, je négocie avec les hommes, je protège les intérêts du magasin. Je me sens plus forte », souligne-t-elle non sans fierté, avant d’ajouter : « Je peux aussi envoyer mes enfants à l’école, car c’est l’école qui va les faire évoluer ».

La gestion des entrepôts se fait dans une démarche participative : les paysans du district doivent verser aux associations féminines une contribution – quelques euros par an – pour stocker leurs produits ou leur matériel dans les trois entrepôts de Tsianisiha, Tsiafanoka et Ankilimaliniky. La gestion est la même sur tous les sites : les associations-membres du magasin de stockage élisent un bureau de six femmes, responsables de l’entretien et de la gestion des entrepôts. La répartition des revenus issus des contributions est la suivante : 30 % servent à dédommager les membres du bureau, 20 % sont destinés à la « petite caisse » (c’est ainsi qu’est nommée la trésorerie) et les 50 % restants financent des projets émanant d’associations féminines. Ainsi, le 8 mars de chaque année – date symbolique, car celle de la Journée internationale des femmes –, des projets de financement sont à l’étude comme, par exemple, l’achat de poulets, de chèvres ou de matériel, du type arrosoir ou pelle.


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