Les politiques ne doivent plus gérer les richesses naturelles du continent de façon unilatérale, dixit des experts

11/12/2017
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Les politiques ne doivent plus gérer les richesses naturelles du continent de façon unilatérale, dixit des experts

Au premier jour de la 12e Conférence économique africaine qui s’est ouverte lundi 4 décembre 2017, à Addis-Abeba (Ethiopie), la troisième session inaugurale, intitulée « La gouvernance inclusive des ressources, moteur de la transformation structurelle », des experts africains ont plaidé pour une gestion inclusive des richesses naturelles du continent, où de fortes inégalités persistent. Ils ont souhaité que les dirigeants politiques ne prennent plus, seuls, les décisions.

« On parle de gouvernance des ressources naturelles, parce que nous avons des millions de personnes qui vivent près de ces ressources mais que leur extraction pose plus de problèmes qu’elle ne crée de solutions, a déclaré Hannah Forster, directrice exécutive du Centre d’études africain pour la démocratie et les droits de l’homme (ACDHRS, par sigle en anglais). Ces populations souffrent des conflits et de la pauvreté ».

Et de poursuivre : « nous avons des pays riches en pétrole, ce qui peut être un avantage ou un inconvénient. Nous avons des terres qui sont une ressource à même d’attirer des investisseurs et de rendre les gens heureux. Malheureusement, ils ne le sont pas ». Et selon Hannah Forster, les perspectives d’avenir de ces populations africaines sont tout sauf radieuses.

« Il faut en finir avec les inégalités. Les politiques doivent associer la société civile aux prises de décisions dans la gestion des ressources naturelles », a-t-elle plaidé. Un mode de gouvernance qui devrait donc inclure le développement de leadership, la promotion du dialogue avec la société civile et la responsabilisation des communautés.

« Il faut permettre à nos citoyens d’identifier leurs besoins et de fixer leurs priorités. Ils doivent prendre leur destin en mains », a soutenu Hannah Forster.

Une analyse à laquelle semblait souscrire Claude Kabambe, directeur de recherches à l’Open Society Initiative for Southern Africa (OSIWA), une organisation ouest-africaine qui a pour vocation d’encourager la création de sociétés ouvertes en Afrique.

« Dans les pays africains, on est frappé par la pauvreté qui règne au milieu de l’abondance des richesses naturelles. Alors demandons-nous où se trouve le problème ? Nous avons, par exemple, mis en place des codes miniers progressistes », a argué Claude Kabambe. Avant de poursuivre : « Mais leur application pose problème, car au sein de nos ministères, il n’y a pas de techniciens, pas de logistique, en gros pas d’infrastructures. Alors, si nous voulons combattre la pauvreté, nous avons besoin d’ajouter de la valeur à nos minerais avec l’apport de nos populations, et ce, à travers des modèles de gouvernance qui permettent de faire participer les communautés ».

Autre problème majeur, selon ce directeur de recherche : la monopolisation des ressources minières par les politiques : « À chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement, on fait table rase de l’environnement qui était en place. Cela n’est pas une bonne chose parce cela ne permet pas de faire des prévisions. Et puis il faut s’écarter du modèle de négociation contractuelle. La législation ne doit pas seulement accorder le droit à l’exploitation, car cela mène à la corruption », a-t-il conseillé.

Coordonnateur en chef de l’organisation de recherches Third World Network Africa (TWN),), basé à Accra au Ghana, Yao Graham propose que la planification économique reprenne vie dans les pays africains. « Nous ne pourrons avoir de transformation de nos économies, si nous ne pouvons pallier ce manque d’anticipation. Nous devons voir comment créer un environnement qui favorise le développement d’entreprises autochtones, surtout que le marché est dominé par des entreprises étrangères », a-t-il suggéré.

La Conférence économique africaine (AEC) 2017 a lieu du 4 au 6 décembre 2017 à Addis-Abeba, en Éthiopie, sur le thème « Mettre la gouvernance au service de la transformation structurelle ».

Co-organisée par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’AEC offre un forum unique aux économistes et aux décideurs pour débattre en vue d’améliorer l’accès à l’information et à la recherche concernant les questions économiques et la qualité de la prise de décisions dans ce domaine.


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