Allocution du Président Akinwumi A. Adesina à l’occasion du lancement du rapport de l’Africa Progress Panel intitulé «Eclairage, énergie et action», à la Banque africaine de développement

Abidjan, Côte d’Ivoire, le 13 mars 2017

13/03/2017
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Excellence Monsieur Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l'ONU et Président de l’Africa Progress Panel,

Excellence Monsieur Horst Kohler, ancien Président d'Allemagne et chers membres de l’Africa Progress Panel,

Éminents membres du Groupe spécial de haut niveau de la Banque,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Chefs de missions diplomatiques, 

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration de la Banque,

Chers collègues, membres du personnel,

Chers représentants des médias,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Bonjour!

Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue ce matin à la Banque africaine de développement à l’occasion du lancement du rapport de l’Africa Progress Panel intitulé «Eclairage, énergie et action : électrifier l’Afrique».

Quand Dieu créa le monde, il détermina les priorités: il créa d'abord la lumière. La première chose que nous avons faite en entrant dans cette salle aujourd'hui était d'allumer les lumières. Imaginez s'il n'y avait pas d'électricité dans cette salle. Nous serions tous en train de chercher nos repères dans l'obscurité et la chaleur serait insupportable.

Aucun développement ne peut être réalisé dans l'obscurité.

Lee Kuan Yew, le père fondateur de Singapour, a déclaré que la climatisation rendait le développement possible dans les régions tropicales. Il aurait dû, de façon plus précise, attribuer le succès de Singapour à l'accélération de l'accès à l'électricité. Aujourd'hui, les Singapouriens utilisent 8 840 kWh par habitant contre 250 kWH en Côte d'Ivoire. Pourtant, dans les années 1950, ces deux pays avaient un PIB par habitant comparable.

L’Afrique affiche un énorme déficit d'électricité. Aujourd'hui, 645 millions de personnes n'ont pas accès à l'électricité. Les enfants apprennent leurs leçons dans l'obscurité. Les vaccins destinés à sauver des vies ne peuvent pas être stockés. Les accoucheuses font usage de lanternes pour les accouchements. Et les femmes cuisinent à l’aide du bois de chauffage et du charbon de bois.

Pourtant, le continent regorge de potentialités en énergie solaire, hydroélectrique, éolienne et géothermique, et possède d’importantes quantités de gaz naturel et certains pays disposent même de gisements de charbon. Certes, l'Afrique possède un potentiel énergétique, mais nous devons libérer ce potentiel. Et nous devons le faire rapidement, parce que les Africains en ont assez d'être dans l'obscurité.

C’est la volonté politique qui a permis à un pays comme le Vietnam d’atteindre l'accès universel à l'électricité en dix ans. Depuis le dernier rapport de l’Africa Progress Panel : «Pouvoir, peuple, planète: saisir les opportunités énergétiques et climatiques de l'Afrique» et le lancement, à la Banque, du  « New Deal » pour l'énergie en Afrique, cette tendance est à la hausse en Afrique.

C’est la volonté politique qui pousse la Côte d'Ivoire à accélérer l'accès universel à l'électricité d'ici à 2019. C’est la volonté politique qui pousse l'Éthiopie à développer plus de 4 000 MW avec son barrage de la Renaissance. Cette volonté politique, je l’ai vue au Maroc, où la Banque a soutenu le pays pour développer le plus grand système solaire concentré au monde. Je l'ai vue au Kenya, où cette année, grâce à l’appui de la Banque et des partenaires, on verra le lancement du plus grand parc éolien en Afrique. L'Ouganda, le Kenya, le Rwanda, le Sénégal, le Mozambique, la Zambie et l'Afrique du Sud font aujourd'hui des bonds gigantesques dans le domaine de l'électricité.

C’est ainsi que cela doit se passer. Pour rester au pouvoir, les dirigeants africains doivent donner le pouvoir énergétique aux populations.

Mais nous devons agir plus vite. Imaginez une Afrique avec des lumières partout. Les affaires vont plus que prospérer. Les usines se tailleront une bonne part des marchés des produits. Le coût dans la pratique des affaires en Afrique diminuera et sera compétitif. Il stimulera l'innovation. Des emplois seront créés partout, surtout pour les jeunes. Une Afrique électrifiée sera une Afrique qu’on ne pourra plus arrêter. Alors l'Afrique sera vraiment économiquement libre pour rejoindre la ligue des nations industrialisées.

C’est la raison pour laquelle, à la Banque africaine de développement, nous avons lancé le  « New Deal » pour l’énergie en Afrique.

M. Kofi Annan est le champion en chef de ce Nouveau pacte et je dois dire que le rapport précédent de l’Africa Progress Panel intitulé : « Éclairage, énergie, action : électrifier l’Afrique » m’a incité à lancer cette grande initiative sur l’énergie au sein de la Banque.

La Banque s’est engagée à investir 12 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années et à mobiliser 45 à 50 milliards de dollars auprès du secteur privé et d’autres partenaires. Nos objectifs sont les suivants : raccorder 130 millions de personnes au réseau ; alimenter 75 millions de personnes hors réseau ; et permettre à environ 150 millions de personnes d’avoir accès à une énergie propre pour cuisiner. C’est pourquoi « Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie » est la première des cinq priorités (Top 5) de la Banque.

Nous nous sommes attaqués très rapidement à ce défi avec le soutien ferme des Conseils des gouverneurs et d’administration. Désormais, la Banque a une Vice-présidence bien établie en charge de l’électricité, de l’énergie, du changement climatique et de la croissance verte. En outre, nous avons recruté les meilleurs talents sur le marché international pour piloter nos efforts en vue d’éclairer l’Afrique et de l’alimenter en énergie. L’an dernier, l’enveloppe allouée aux opérations d’appui à l’électricité dans 19 pays s’est élevée à 1,7 milliard de dollars. Cette année, nous projetons d’engager environ 2 milliards de dollars en faveur de l’électricité et de mobiliser 5 à 7 milliards de dollars. La Banque abrite l’Initiative pour l’énergie renouvelable en Afrique, fruit d’efforts audacieux déployés par le continent pour accélérer le développement de l’énergie renouvelable.

Nous comptons privilégier l’alimentation via les réseaux et les mini-réseaux ainsi que l’alimentation hors réseaux, parce que nous devons adopter une approche mixte pour éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie. C’est pourquoi la Banque apprécie particulièrement le rapport lancé aujourd’hui par l’Africa Progress Panel, et ce d’autant plus qu’elle pourra en tirer de précieux enseignements, notamment sur la nécessité de révolutionner la fourniture d’électricité hors réseau. Comme l’indique le rapport : « L’Afrique pourrait devenir le chef de file mondial de cette transformation de la fourniture d’électricité hors réseau ». Je partage entièrement cette analyse.

Soyons clairs : l’Afrique a besoin de l’énergie de base pour booster sa croissance industrielle, mais elle doit également tirer parti des technologies, innovations et modèles économiques d’apparition récente dans les systèmes hors réseau pour accélérer l’accès de millions d’Africains à l’éclairage.

Je tiens à féliciter vivement l’Africa Progress Panel pour ce rapport très instructif - un de plus - qui aidera l’Afrique à réfléchir sur les voies et moyens d’opérer sa révolution électrique hors réseau dans le cadre du  « New deal » pour l’énergie en Afrique. Vous pourrez compter sur la Banque africaine de développement, votre partenaire stratégique, pour donner suite à ce rapport, qui arrive à point nommé. Il suscite chez nous un tel enthousiasme qu’il nous tarde d’entrer en action.

C’est pourquoi, j’ai le grand plaisir d’accueillir un géant dans ce domaine, pour vous parler de ce rapport. Il s’agit d’un homme d’État à l’échelle planétaire, Prix Nobel de la paix, une icône, un digne fils de l’Afrique, mon mentor à moi, qui nous a beaucoup aidés et, je le sais, continuera à le faire dans l’intérêt de l’Afrique. Excellences, Mesdames et Messieurs, je vous invite à accueillir chaleureusement M. Kofi Annan. 

 

Dr. Akinwumi A. Adesina

Président

Groupe de la Banque africaine de développement