Le projet d’horticulture à petite échelle a amélioré la vie des communautés rurales au Kenya

23/08/2018
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Le projet d’horticulture à petite échelle a amélioré la vie des communautés rurales au Kenya

Le Kenya possède l’une des économies les plus dynamiques et les plus innovantes en Afrique subsaharienne. Une décennie après avoir traversé une crise alimentaire et au lendemain de la forte sécheresse subie en 2016-2017, le pays ambitionne d'atteindre l'autosuffisance en produits alimentaires tels que le maïs, la tomate, le chou, le riz, le haricot, le lait et la viande. Cette ambition clairement affichée du gouvernement kenyan a reçu l’oreille attentive de la Banque africaine de développement, qui voit en la sécurité alimentaire un catalyseur direct de la croissance et du développement des secteurs productifs du pays.

Depuis le lancement de sa stratégie de développement à long terme, « Vision 2030 », en juin 2008, qui met un accent particulier sur le développement agricole, le gouvernement kenyan travaille d’arrache-pied avec le Groupe de la Banque africaine de développement, pour lutter contre l’insécurité alimentaire, en particulier dans les communautés rurales.

Plus de 10 millions de personnes souffriraient aujourd’hui d'insécurité alimentaire, principalement dans les zones arides et semi-arides du nord du pays, la majorité d'entre elles vivant d’aide alimentaire. 

Le Kenya dispose pourtant d’immenses terres cultivables, d’une pluviométrie relativement abondante et d’un réseau hydrographique dense. Cependant, il souffre parfois d’inondations et de sécheresses hors-saison, qui affectent sérieusement l’agriculture et les moyens de subsistance en milieu rural. Or l’agriculture représente plus de 35 % du PIB et emploie plus de 60 % de la population active du pays. Mais pour fuir la menace de la famine ou du chômage, les habitants des zones rurales se lancent en grand nombre à l’assaut des villes. La réponse de la Banque africaine de développement a contribué à soulager plus de deux millions de Kényans, en particulier des communautés rurales. En témoigne l’impact de ce projet sur les femmes kenyanes.

De nombreuses femmes ont vu leur vie changer du tout au tout

Lucy, une veuve avec quatre enfants, n'achète plus les principaux aliments pour nourrir sa famille. Elle a été interrogée le 16 novembre 2017 par une équipe de la Banque venue chez elle, une modeste maison bâtie sur ses terres agricoles. Elle et son mari sont devenus membres du programme d'irrigation de Mbogoni, dans le comté de Tharaka Nithi, huit ans plus tôt, cultivant du maïs et des haricots verts, outre une plantation de café sur un petit hectare. Aujourd'hui, Lucy se réjouit de pouvoir avoir une vie décente. Malgré la disparition soudaine de son époux à la suite d'un accident de la route un an plus tôt, elle n’a pas trop d’inquiétudes quant à ses enfants, dont deux sont à l’université et les plus jeunes en cycles primaire et secondaire.

« Merci au projet de développement de l'horticulture à petite échelle financé par la Banque africaine de développement. Grâce au programme d'irrigation, j’ai pu étendre ses terres irriguées à trois hectares et cultive maintenant un total de huit espèces horticoles – tomate, oignons, noisettes, haricots verts, maïs, choux, poivrons et piments – élève deux vaches et exploite deux vergers de bananes et de mangues. »

Lucy emploie deux hommes pour l’aider sur ces champs. Elle souligne que la seule récolte des tomates, deux fois par an, génère un revenu net annuel d'environ 600 000 KSH – soit 5 800 dollars. La mangue, récoltée une fois par an, est sa principale source de revenus, soit près de 1,2 million de KSH par an – soit 11 600 dollars. Les haricots verts constituent la troisième, avec deux récoltes annuelles qui ajoutent quelque 150 000 KSH (ou 1 400 dollars) au total de ses revenus.

L'histoire de Lucy fait état de l'impact positif du projet sur la vie des femmes. Au total, 1 164 ménages dirigés par des femmes ont bénéficié de ce projet. Sur ce nombre, 7 % des femmes étaient veuves, 2 % divorcées et 3 % célibataires et jamais mariés. En outre, les femmes ont précisé que 29 % des recettes de leurs activités agricoles étaient consacrées aux frais de scolarité (des enfants en internat ou en écoles privées), 20 % à la nourriture, 17 % aux vêtements, 14 % à l’investissement, 14 % à la rénovation de leur maison et 6 % à diverses dépenses.

Mère célibataire d’une trentaine d’années, Florence Mbelu a raconté comment le projet a transformé sa vie. Locataire d'un hectare de terre dans le cadre du programme d'irrigation de Kabaa dans le comté de Machakos, au sud-est de Nairobi, elle y cultive du maïs et des haricots verts, pour un revenu net annuel de 720 000 KSH (environ 6 900 dollars) – une partie lui sert à payer les frais de scolarité de son enfant.

D’autres bénéficiaires sont enregistrés dans le programme d’irrigation de Kathiga Gacheru, situé dans le comté d'Embu à quelque 120 km au nord-est de Nairobi. Avant la mise en œuvre du projet, l'activité agricole dépendait fortement de la pluviométrie. Les agriculteurs interrogés ont admis qu'en période de sécheresse, ils avaient l'habitude de compter sur le gouvernement et les agences d'aide pour obtenir des secours alimentaires. Actuellement, grâce aux systèmes d'irrigation, à la formation reçue et à d'autres fournis par le projet, cette communauté agricole est devenue autosuffisante au plan alimentaire. Le programme compte un total de 161 membres de ménages enregistrés dans le Comté d’Embu, dont 23 familles dirigées par des femmes, et Beatrice Njeru est l'une d'entre elles.

Auparavant, Beatrice Njeru pompait l'eau de la rivière voisine pour irriguer sa ferme. Mais elle ne pouvait cultiver ses tomates que sur un huitième seulement de sa terre, faute d’un accès plus aisé à l’eau. Grâce au projet, elle a étendu ses champs à deux hectares, élève aujourd’hui deux vaches et cultive des choux, des papayes et de la tomate, ainsi que des vergers de mangues, d'oranges et de bananes. Elle plante également de la canne à sucre pour la conservation du sol et de l'herbe pour l'alimentation des vaches. Et d’indiquer qu’elle gagne désormais 1,5 million de KSH (soit 15 000 dollars) par an.

Réponses concrètes du Groupe de la Banque pour lutter contre la pauvreté et améliorer les conditions de vie des populations locales

Au cours des quinze dernières années, la Banque africaine de développement a soutenu 10 opérations et investi 194 millions de dollars environ dans le pays. Au nombre des projets soutenus, figure le projet de développement de l'horticulture à petite échelle pour un coût total de 27 millions de dollars. La Banque a soutenu ce projet, dans le but de contribuer à la réduction de la pauvreté et d’améliorer la sécurité alimentaire.

Grâce à ce projet, 3 173 hectares de terres ont été irrigués – c’est plus que les 2 886 hectares prévus au départ. Au total, 100 groupes de femmes ont pu bénéficier de formations et ont reçu du matériel de transformation agricole. Et nombreux sont les agriculteurs qui ont été mobilisés, organisés et formés dans divers domaines, comme la production végétale, l'élevage, la commercialisation et la gestion des systèmes d'irrigation.

Deux missions, deux fois par an, étaient effectuées sur ce projet, ce qui, selon Gabriel Negatu, directeur général de la Banque pour l’Afrique de l’Est, a contribué à améliorer sa mise en œuvre. « Grâce à une gestion efficace des ressources allouées, le projet a atteint la plupart des objectifs prévus dans les délais impartis. La collaboration avec les principaux ministères et autres parties prenantes a permis une mise en œuvre rapide et appropriée des composantes et des activités du projet », va-t-il souligner.

Un projet en trois volets

  • Développement de l'irrigation et des infrastructures, qui a permis de réhabiliter 9 systèmes d'irrigation existants pour les petits exploitants sur une superficie de plus de 2 886 ha, et bénéficie à plus de 5 812 ménages, dont 40 % dirigés par des femmes. 8 points d'abreuvement du bétail ont été instaurés ; 8 associations de consommateurs d'eau se sont constituées et enregistrées ; 9 blocs de bureaux en milieu rural avec des installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement ont été bâtis ; réhabilité les voies d'accès du programme et facilité la gestion de l'environnement.
  • Appui aux agriculteurs, décliné en deux volets : la production et la commercialisation des produits maraîchers ; et l’appui aux services financiers. Grâce à quoi, plus de 100 groupes d'agriculteurs ont été engagés dans des activités de production et de commercialisation horticoles : plus de 100 groupements féminins ont été aidés pour mener à bien diverses activités de transformation agroalimentaire ; 9 hangars de stockage et 9 hangars de marché ont été construits. Par ailleurs, de nombreux agriculteurs ont bénéficié d’une formation en matière de production et de commercialisation des cultures horticoles. Les agriculteurs étaient également mis en relation avec différentes institutions financières afin d’avoir accès à des facilités de crédit et d’acquérir des intrants.
  • Coordination et gestion des activités pendant la mise en œuvre du projet.

Des résultats au-delà des attentes 

  • La productivité des variétés de cultures sélectionnées a dépassé les objectifs prévus, allant de 100% à 500 % selon la culture produite. Une hausse attribuée à l'utilisation du système d’irrigation, à l'amélioration des variétés, à l'augmentation de la capacité de production et à la formation continue des agriculteurs.
  • Le revenu annuel moyen par agriculteur a crû de plus de 195 % par rapport à l'objectif initial et continue d'augmenter à mesure que de nouveaux systèmes entrent en production. 
  • Dans certaines localités, les taux de scolarisation ont fortement augmenté, les bénéficiaires ayant pu payer les frais de scolarité de leurs enfants grâce aux recettes en hausse tirées des ventes de leurs produits agricoles. Certains bénéficiaires ont pu construire des maisons modernes et créer des activités génératrices de revenus non agricoles grâce aux produits de l'agriculture.
  • Les routes d'accès au réseau routier ont amélioré la mobilité des agriculteurs, en termes de transport et d'accessibilité aux marchés, entraînant une intensification des activités économiques.
  • La capacité des bénéficiaires a été renforcée en matière agricole et ils ont été sensibilisés à tirer profit de ce secteur et à y réinvestir les bénéfices afin d’étendre progressivement leurs activités agricoles et de gagner en envergure. La formation des agriculteurs leur a permis de subvenir à leurs besoins de base et d’acheter des intrants, d'accéder à des facilités de crédit et de continuer à s'approvisionner sur les marchés. 
  • Diffusion des bonnes pratiques en matière agricole et de commercialisation des produits, ce qui a changé la perception de l'agriculture, vue désormais comme une activité commerciale génératrice de revenus.


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