Discours de Dr. Akinwumi Adesina, Président de la Banque africaine de développement à l’occasion du dîner d'État offert par S.E. Monsieur Philémon YANG, Premier Ministre, Chef du Gouvernement République du Cameroun

Lundi, 17 juillet 2017

19/07/2017
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Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ; Monsieur le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Gouverneur de la Banque africaine de développement pour le Cameroun ; Honorables Ministres ; Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques ; Distingués invités ; Mesdames et Messieurs.

Ce fut un grand honneur d’avoir été invité par le Président Paul Biya pour visiter le Cameroun dans le cadre de ma première visite officielle comme Président du Groupe de la Banque africaine de développement. J’ai été grandement honoré d’avoir été reçu  aujourd’hui en audience par le Président de la République. Je salue son leadership pour l’Afrique et le rôle crucial qu’il continue de jouer pour assurer la paix et la stabilité dans la région et pour son rôle dans la stabilisation de l’environnement macroéconomique générale de la région CEMAC.

Comme vous pouvez le constater, mon apparence est bien différente ! Je tiens à remercier le Président Biya pour son merveilleux accueil et pour son soutien constant à l’action de la Banque africaine de développement. Je tiens également à le remercier pour le grand honneur qu’il m’a fait, en me décorant Grand Officier de l’ordre de la Valeur.

Je voudrais aussi vous remercier, Excellence Monsieur le Premier Ministre Yang pour votre chaleureuse hospitalité depuis mon arrivée avec ma délégation ici à Yaoundé. Vous êtes venu me souhaiter la bienvenue à l’aéroport avec plusieurs de vos Ministres à 01:30 du matin, avant hier. Et aujourd'hui, j’ai eu une excellente et fructueuse rencontre avec vous et les membres de votre Gouvernement.

Cette visite est spéciale pour moi. C’est donc un très grand plaisir d'être de retour au Cameroun, où j'ai travaillé et où mes nombreux voyages de Douala à Makari et de Bamenda à Yokadouma m'ont permis d'être un des témoins privilégiés du dynamisme extraordinaire et de l'esprit d'entreprise que l’on trouve chez tous les Camerounais.

Le marché de Mokolo, que je traversais chaque jour en partant de Bastos, où je résidais, à Nkolbisson, où je travaillais, représentait alors un microcosme du dynamisme des Camerounais. Il révélait par ailleurs la diversité et la richesse de l'agriculture de votre pays, avec des produits tels que les tomates de Nkoumetou, les safous de Makenene, les plantains de Ntui, les pommes de terre de Yoko, les pastèques de Foumbot et les oignons de Kaélé, tous présentés sur les étals les uns à côtés des autres, disponibles à la vente.

J’ai toujours en mémoire le souvenir de votre pays, le caractère agréable de ses hommes et de ses femmes. Et, je dois le reconnaitre, sa cuisine. J'ai particulièrement apprécié le poulet DG et le Ndole!

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Honorables Ministres, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques, Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Le dynamisme, la diversité et l'esprit d'entreprise de votre pays se manifestent partout. On sent l’enthousiasme pour le pays et pour son économie qui, dans un contexte économique régionale et mondiale difficile, a fait preuve d’une capacité de résilience considérable.

En 2016, malgré une conjoncture difficile, la croissance au Cameroun a été solide, à 4,7%, soit plus du double de la moyenne continentale établie à 2,2%, et ce, en dépit de nombreux défis, notamment le coût élevé de la lutte contre le terrorisme et les efforts déployés à cet effet, autant de facteurs défavorables que vous avez admirablement surmontés.

Le terrorisme est l'ennemi commun de l'Afrique: c'est souvent le produit de cette combinaison mortelle de la pauvreté, du chômage et de la dégradation de l'environnement que j’appelle le triangle du désastre. Nous devons nous entraider pour l'éliminer, car il menace la jeunesse africaine et met en péril l'avenir de l'Afrique.

Avec son énorme potentiel et son esprit d'entreprise très poussé, le Cameroun peut attirer de grands investissements. Mais il est essentiel de continuer à préserver la paix, la stabilité, l'inclusivité et la cohésion nationale, autant de facteurs qui doivent être sous-tendus par une gouvernance macroéconomique solide.

La Banque africaine de développement et le Cameroun entretiennent une longue relation de coopération, qui remonte à 1972 avec la construction du terminal de l'aéroport de Douala. Depuis le début de cette coopération, la Banque africaine de développement a approuvé 100 projets au Cameroun pour un montant total de 2,5 milliards de dollars.

Le portefeuille actif actuel de la Banque africaine de développement au Cameroun comprend 22 projets d'une valeur d'environ 1,4 milliard de dollars. Les secteurs des transports, de l'énergie et des TIC reçoivent la plus grande partie des financements de la Banque. Ce sont des secteurs qui créent des connexions, favorisent l’intégration et entrainent le développement d’autres secteurs.

Y a-t-il meilleure façon d'améliorer le commerce que de construire un solide réseau de transport national et entre les pays et de relier leurs marchés? Les nouveaux corridors de l’énergie sont les corridors commerciaux, dans lesquels les entreprises peuvent croître et prospérer ensemble dans un environnement propice à l'entreprise.

Le Cameroun est déjà la locomotive de la sous-région qui tire et stimule la croissance, les entreprises et les marchés. Le rôle de la Banque africaine de développement consiste essentiellement à aider le gouvernement camerounais dans son excellente œuvre de construction de lignes et de corridors de transport, et donc d’intégration économique entre le Cameroun et ses voisins.

En particulier, les corridors routiers reliant le Cameroun au Nigeria, au Tchad et à la RCA doperont considérablement les échanges entre ces pays. La production camerounaise de cultures vivrières dans la région du Nord-Ouest près de la frontière avec le Nigeria a plus que triplé depuis 2007.

Le tronçon routier long de 400 kilomètres, reliant Bamenda au Cameroun à Enugu au Nigeria, fait partie du corridor routier de 6 300 kilomètres entre Lagos et Mombasa sur les côtes de l’Océan indien, un projet transformateur qui a changé la vie des riverains et des commerçants locaux.

De nombreux villages situés le long de la frontière Nigeria-Cameroun sont devenus des marchés très animés depuis l’achèvement de cet axe routier.

Andrew Tikuba, un commerçant de la région, emprunte la route tous les jours pour traverser la frontière près de Kandem afin de vendre son vin de palme. Grâce au trajet devenu plus facile et plus rapide et à un nombre de plus en plus important de personnes utilisant cet axe routier, son revenu est passé de 250 à 2 000 FCFA par jour. La route a également permis la création d’emplois supplémentaires, puisque les propriétaires de plantations locales recrutent des ouvriers pour leurs opérations en pleine croissance.

C’est pourquoi la Banque africaine de développement salue les progrès notables accomplis par votre pays dans la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire cohérent pour les partenariats public-privés. Au vu de ces actions, la Banque est prête à accroître son portefeuille du secteur privé au Cameroun.

Avec l’appui et l’encouragement de la Banque africaine de développement, le Gouvernement du Cameroun est résolument engagé à faciliter l’accès aux services de base à ses populations. Le président Biya et son gouvernement devraient être félicités pour avoir mis l’accent sur les grands projets hydroélectriques en vue d’accélérer l’accès à l’électricité. Cette vision est en harmonie avec la plus importante des High 5s de la Banque, à savoir « Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie » ainsi qu’avec son nouveau Pacte pour l’énergie en Afrique, dont l’objectif est l’accès universel à l’énergie pour tous les Africains à l’horizon 2025 et pour lequel nous investissons la somme record de 12 milliards d’USD et mobilisons par ailleurs 45 à 50 milliards de dollars supplémentaires auprès d’autres sources.

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Honorables Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Cela a donc été un plaisir pour moi de visiter le barrage de Lom Pangar  et de poser la première pierre de l’usine de pied de Lom Pangar. Il permettra, à partir de cette année, de raccorder au réseau électrique 500 000 ménages supplémentaires, grâce à un appui de la Banque africaine de développement de 62,2 millions d’USD, qui serviront à la construction des lignes de transport et de la centrale électrique dans le cadre du nouveau Pacte pour l’énergie. Ce sera un pas de plus vers l’accès universel à l’électricité qui permettra au Cameroun de porter sa capacité de production d’énergie à 3 000 MW, et de devenir un exportateur net d’électricité.

La visite des projets financés par la Banque africaine de développement est l’un des aspects de mes fonctions que je préfère le plus, puisqu’elle m’offre l’occasion de voir, de mes propres yeux, les effets concrets des décisions de financement de la Banque africaine de développement sur la vie des populations.

Les projets en cours dans le secteur agricole, qui représentent 15 % du portefeuille actuel, sont également bien alignés sur une autre de nos cinq grandes priorités, à savoir « Nourrir l’Afrique ». Dans ce domaine, la Banque africaine de développement et le gouvernement camerounais se sont engagés dans une approche très prometteuse de développement de la chaîne de valeur.

Presque tout peut pousser dans votre pays si fertile, le palmier à huile, les fruits et légumes, les produits horticoles, les plantations, et j’en passe. Bien entendu, l’important est de faire de l’agriculture une source de richesse au Cameroun. À cet effet, nous devons changer de mentalité et percevoir l’agriculture comme une activité commerciale, et encourager les exploitants agricoles à investir dans les nouvelles technologies, machines et autres entreprises au-delà des plantations.

L’agriculture ne peut pas continuer d’être une vieille activité traditionnelle de subsistance. Elle doit devenir la prochaine grande attraction pour les investissements, avec un ensemble de projets bancables qui feront de certains de vos jeunes des millionnaires, grâce à l’innovation et l’entrepreneuriat. C’est pourquoi la Banque africaine de développement compte investir 24 milliards de dollars au cours des dix années à venir, pour éliminer l’agriculture de subsistance et ajouter plus de valeur à la chaîne alimentaire africaine, par des investissements dans le développement de l’agro-industrie.

Pour ce qui est des bassins du Lac Tchad et du Congo, nous saluons également les initiatives régionales en matière de protection de l’environnement et de changement climatique, qui commencent à améliorer les pratiques agricoles dans ces zones.

Le principal défi qui interpelle l’Afrique est de réaliser une croissance inclusive et durable, tout en faisant face au taux de chômage élevé des jeunes sur le continent. La Banque africaine de développement apporte une réponse énergique à ce problème.

Pour améliorer la qualité de vie des populations africaines, l’initiative de la Banque africaine de développement dite « Emplois pour les jeunes en Afrique » entend créer 25 millions d’emplois et former 32 millions de jeunes en Afrique, avec un impact sur 50 millions d’Africains au cours de la prochaine décennie.

L’initiative espère générer 30 milliards de dollars de revenu pour l’économie africaine, tout en réduisant le fléau de l’émigration non nécessaire de nos jeunes, qui sont à la recherche d’un avenir incertain de l’autre côté de la Méditerranée.

La Banque africaine de développement déploie actuellement le Programme de développement d’emplois nouveaux axés sur l’agro-industrie pour les jeunes en Afrique (ENABLE Youth). Une enveloppe de près d’un milliard de dollars servira à appuyer l’entreprise et la création d’emplois pour les jeunes dans plus d’une trentaine de pays africains, au titre du programme.

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Honorables Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,

La Banque africaine de développement est constamment à l’écoute de ses pays membres. Elle a l’obligation de les servir et de mériter leur confiance. Aussi attachons-nous la plus haute importance à vos conseils sur les réformes engagées par notre institution et les mesures prévues dans les pays pour la bonne gestion du portefeuille.

Nous déployons en ce moment notre Modèle de développement et de prestation de services (DBDM), qui rapprochera la Banque de ses clients, décentralisera et rationalisera nos processus et améliorera notre performance financière. Nous avançons désormais avec détermination et confiance dans notre nouvelle approche régionale.

La Banque africaine de développement adhère totalement à votre vision de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035, et continuera d’appuyer les efforts que vous déployez pour réaliser la croissance nécessaire à cette émergence.

Et bien évidemment, je suis un grand admirateur de l’équipe de football du Cameroun, les Lions indomptables ! Ils font la fierté de l’Afrique. De la même manière, nous devons rendre « indomptables » la croissance et le développement du Cameroun. Dans cette quête, la Banque africaine de développement a pour rôle de vous aider à marquer encore plus de buts et remporter encore plus de victoires dans le domaine du développement.

Je vous invite à lever vos verres à la santé de Son Excellence le Président Paul Biya, de son Excellence le Premier Ministre et son Gouvernement, ainsi qu’à la santé et à la prospérité du Peuple camerounais!

On est ensemble!


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