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Allocution de Dr Akinwumi A. Adesina à l’occasion de la Deuxième réunion des plénipotentiaires du FAD sur la Quinzième reconstitution des ressources du Fonds

02-juil-2019

Excellence, Monsieur le Président Andry Rajoelina, Président de la République de Madagascar,
Mesdames et Messieurs les ministres et membres du gouvernement,
Mesdames et Messieurs les plénipotentiaires du Fonds africain de développement (FAD),
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration, de la Haute direction et du personnel du Groupe de la Banque africaine de développement,
Mesdames, Messieurs, 

C’est pour moi un réel plaisir d’être ici à Madagascar, un pays que j’aime et auquel je suis personnellement attaché

Je voudrais souhaiter, à tous les plénipotentiaires du FAD et gouverneurs de la Banque, la bienvenue à cette deuxième réunion des plénipotentiaires sur la Quinzième reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD-15).

Nous sommes très heureux et honorés de la présence, parmi nous, du Président de la République de Madagascar, Son Excellence Monsieur Andry Rajoelina. Merci Monsieur le Président d’avoir bien voulu accueillir cette réunion du FAD-15.

 Et merci de votre généreuse hospitalité !

Permettez-moi de vous exprimer toute notre compassion, pour les 16 personnes qui ont perdu la vie au stade, lors de la célébration de votre indépendance nationale. Aussi voudrais-je demander à tous de nous lever et d’observer une minute de silence, pour honorer la mémoire des disparus. {PAUSE}

Que leurs âmes reposent en paix et que Dieu apporte Son réconfort à leurs familles. Nous prions également pour le prompt rétablissement des nombreux blessés.  

Excellence, Mesdames, Messieurs, à notre dernière réunion du mois de mars 2019 à Abidjan, nous avons entamé les discussions sur la reconstitution des ressources au titre du FAD-15. Nos discussions ont continué de porter de bons fruits. Elles ont tenu compte des points de vue des donateurs du FAD et de ceux des pays bénéficiaires. Les acteurs de l’offre et de la demande se réunissent pour rechercher un prix d’équilibre du marché. Aujourd’hui, je salue chaleureusement le côté de la demande représenté par l’Éthiopie, le Burkina Faso, le Tchad et Madagascar. 

Je souhaite également la bienvenue au Coordonnateur du FAD-15, M. Kyle Peters, et voudrais le remercier pour l’énorme travail accompli pour faire avancer le processus. Et je souhaite chaleureusement la bienvenue aux membres du Conseil d’administration, de la Haute direction et du personnel du Groupe de la Banque africaine de développement.

Au ministre des Finances de Madagascar et gouverneur de la Banque, je voudrais dire merci pour vos contributions clairvoyantes lors de notre dernière réunion d’Abidjan, et pour avoir bien voulu nous accueillir ici, dans cette belle ville d’Antananarivo.  

Permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude à Son Excellence le Président Rajoelina, pour l’appui inestimable qu’il apporte au Bureau de la Banque à Madagascar. Notre Chef de bureau pays s’appelle Sheriff. Quand vous l’entendez parler, avec tant de passion, du pays et de la ville d’Antananarivo, on dirait le shérif de la ville !

Pour le FAD-15, nous mettrons l’accent sur les voies et moyens de remédier à la fragilité. Et il n’y pas meilleur endroit pour en discuter que Madagascar, qui a connu par le passé et connait encore aujourd’hui une situation de fragilité. Le pays sait ce qu’est la fragilité.   

La fragilité ne doit pas être perçue comme un état définitif.  Des nations pourraient connaitre une situation de fragilité, mais peuvent en sortir et devenir stables, dynamiques, prospères et résilientes aux chocs néfastes. Tel est notre objectif pour le FAD : disposer d’un instrument robuste pour aider les pays à faible revenu à renforcer leur résilience. Cela est d’autant plus important que, pour le bon fonctionnement de  la Zone de libre-échange continentale africaine, nous ne pouvons pas intégrer des États fragiles. Nous ne pouvons intégrer que des États résilients.

Le FAD a donné la preuve de sa capacité à aider à y parvenir. Il n’y a pas si longtemps, la Côte d’Ivoire avait connu des troubles politiques, sociaux et économiques. Son PIB avait brutalement chuté. Le FAD est intervenu de manière opportune et décisive. Notre appui stratégique et institutionnel a permis au pays de stabiliser ses indicateurs macroéconomiques. L’appui au désarmement et à la réinsertion des combattants, ainsi qu’à la création de nouvelles opportunités d’emploi pour eux, a contribué à la stabilité sociale et politique dont le pays a tant besoin.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire continue de réaliser un des taux de croissance les plus élevés en Afrique, voire dans le monde.

Nous sommes fiers du rôle que le FAD a joué ici même à Madagascar. S’il y a un pays qui a connu une fragilité persistante, c’est bien Madagascar. Pourtant, sa population reste résiliente. Perturbée de toutes parts, oui, mais sans tomber dans la détresse. Nombre de fois à terre, mais jamais vaincue.

Et nous en avons eu une parfaite illustration il y a deux jours à la Coupe d’Afrique des Nations ! Oui, Excellence, Monsieur le Président, vous avez battu mon pays, le Nigeria, mais n’oubliez pas que le sélectionneur nigérian a épousé une fille de ce pays. Et puisque je suis ici à Madagascar, nous avons juste voulu l’aider pour qu’il puisse garder sa femme !

Par la foi et l’espoir inébranlable, la nation de Madagascar a continué de faire face aux vents violents du cyclone politique qui, de temps à autre, ont entravé sa croissance et son développement. 

Au plus fort de la crise politique, tous les donateurs ont quitté le pays, sauf un. Cette institution c’est nous : le Groupe de la Banque africaine de développement. Nous étions présents et nous le serons toujours. Le FAD a aidé à renforcer les institutions, à améliorer l’accès aux services de base comme l’eau et l’assainissement et à construire des infrastructures. Depuis son adhésion au Groupe de la Banque africaine de développement en 1977, Madagascar a bénéficié d’un montant cumulé de financement de 1,9 milliard de dollars. Sur ce montant, le FAD a fourni 1,17 milliard de dollars. À l’heure actuelle, le portefeuille actif s’élève à 366 millions de dollars.

Excellences, Mesdames et Messieurs, les projets que nous réalisons ici à Madagascar ont un impact très significatif.

Citons l’exemple du projet de centrale électrique de Sahofika, qui permettra d’accroitre la production d’électricité de 192 MW, avec la possibilité d’atteindre 300 MW. Une fois achevé, il réduira le prix de l’électricité de 500 %, le faisant passer de 25 centimes le KW/h à seulement 5 centimes le KW/h.

Imaginez l’espoir que cette réalisation fera naitre : un nouvel éclat dans la vie et de nombreux emplois créés, à mesure que l’électricité deviendra accessible et abordable pour un pays dont le taux d’électrification n’est que de 15 %

C’est ce genre d’espoir que j’ai ressenti lorsque j’ai visité, il y a trois ans, un des projets du FAD réalisés ici même, en l’occurrence un projet de riziculture irriguée à Bas Mangoky dans le nord du pays.

Sur leurs terrasses magnifiques et soigneusement sculptées dans les paysages vallonnés, les exploitants se sont battus pour produire du riz, sans installations d’irrigation, sans technologies appropriées, ni infrastructure routière pour les relier aux marchés.

Madagascar importe à hauteur de 500 000 tonnes de riz, bien qu’il ait le potentiel d’être un grenier de la région de l’océan Indien.

Le FAD est intervenu et a soutenu de vastes systèmes d’irrigation sur 6 500 ha. Aujourd’hui, les rendements ont triplé, passant de 2 tonnes à 6 tonnes par hectare. Les revenus agricoles ont augmenté de 141 %.

J’ai rencontré une jeune dame et un homme sur leur exploitation. Ils ont investi dans des charrues mécanisées modernes pour remplacer les taureaux qu’ils utilisaient auparavant. Ils ont obtenu des revenus plus élevés et s’apprêtaient à se marier: un vrai changement dans leur vie et un nouveau départ très prometteur!

Toutefois, d’autres ont eu moins de chance, surtout les jeunes dont un grand nombre souffre de malnutrition.

En arrivant dans le village de Bas Mangoky, nous avons été accueillis par plusieurs enfants très enthousiastes attirés par le bruit de l’hélicoptère, puisque nous avons atterri sur un terrain poussiéreux.

Mon regard s’est figé sur un d’entre eux qui courrait vers moi.

Il était si petit que j’étais persuadé que son âge ne pouvait dépasser 5 ans. Je lui ai demandé son nom. Il m’a dit qu’il s’appelait Anthony.

Mais sa voix n’était pas celle d’un enfant de 5 ans. Il m’a dit qu’il avait 11 ans. J’étais stupéfait : il souffrait d’une malnutrition sévère.

Ici, nous investissions dans une infrastructure si essentielle, mais, sur un autre plan, la malnutrition détruisait l’infrastructure de la matière grise de l’avenir de Bas Mangoky!

Anthony a dit que son rêve était de devenir médecin. Ce qui serait impossible avec sa malnutrition sévère.

J’ai immédiatement appelé mon épouse, Grace, à Abidjan et lui ai demandé si nous pouvions adopter cet enfant qui était devant moi. Et si nous pouvions l’aider à réaliser son rêve, comme pour notre propre fils, Rotimi, qui venait d’être médecin aux Etats-Unis.

Grace a accepté et le reste relève désormais du passé.

Aujourd’hui, notre fils, Anthony, grandit et est bien beau et bien nourri. Il réussit très bien à l’école et figure parmi les meilleurs de sa classe.

Je l’ai vu avant hier. Par la grâce de Dieu, j’espère qu’il sera un jour médecin et réalisera son rêve. Et qui sait, il pourrait comme vous, Monsieur le Président, devenir le Président de Madagascar.

Excellences, Mesdames et messieurs, le Groupe de la Banque africaine de développement investit en Afrique avec ses ressources, mais surtout avec son cœur. Nous croyons en l’Afrique. Nous croyons en son bel avenir. Nous croyons en sa destinée !

Le FAD a pour vocation de susciter l’espoir dans les pays les moins développés. D’offrir des opportunités. De créer la prospérité au milieu des défis. De donner libre cours à la fierté et à la ferme volonté de réussir, envers et malgré tout.

Aujourd’hui, au moment où nous tenons cette réunion, je suis parfaitement conscient qu’il nous reste beaucoup à faire. Le chemin est encore long et tortueux. L’appui aux pays du FAD ne s’arrête pas, c’est un processus continu.

Un processus continu pour lutter contre la pauvreté, l’inégalité et la fragilité. Un processus continu pour lutter contre le changement climatique, les inégalités sexospécifiques, la corruption, les flux de capitaux illicites, la mauvaise gestion des ressources naturelles. Un processus continu pour la construction d’infrastructures de qualité et de passerelles entre les nations. Un processus continu pour asseoir une meilleure gouvernance économique et politique.

Les jalons déjà posés sont encourageants. Le cycle du FAD-14 est en bonne voie d’atteindre ses cibles. À la fin de ce cycle, le FAD aura engagé 48 milliards de dollars en faveur des pays à faible revenu, depuis sa création en 1973.

Je constate avec plaisir que, grâce au cycle du FAD-14, 7,1 millions de personnes supplémentaires auront accès à l’électricité, dont 5,8 millions par le biais du réseau électrique classique et 1,3 million par le biais des systèmes hors réseau.

Je me réjouis à l’idée que plus de 42 millions de personnes bénéficieront d’investissements dans l’agriculture, dont la majorité sera des femmes, comme c’est le cas dans le village de Bas Mangoky.

De même, je suis heureux de savoir que 7,5 millions de personnes bénéficieront de systèmes améliorés d’approvisionnement en eau et d’assainissement.

Tout cela se produira en l’espace d’une année seulement.

Mais les retombées du FAD sont beaucoup plus importantes !

Entre 2011 et 2018, la reconstitution des ressources du FAD a permis un meilleur accès à l’électricité à près de 11 millions de personnes.

Grâce à ces ressources, 90 millions de personnes ont bénéficié d’investissements agricoles améliorés, dont 43 millions de femmes.

Elles ont permis à près de 67 millions de personnes d’accéder à des moyens de transport améliorés.

Elles ont favorisé le financement de 714 000 petites et microentreprises.

Elles ont permis à près de 36 millions de personnes d’avoir accès à des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement de meilleure qualité.

Elles ont facilité l’accès de 4,1 millions de personnes à l’éducation.

En tant que donateurs du FAD, vous pouvez tous être très fiers de vos investissements !

Il suffit de voir le magnifique pont Sénégambie récemment inauguré, qui relie le Sénégal et la Gambie, un rêve de 1974 réalisé en janvier 2019 grâce au FAD.

Regardez le corridor routier Addis-Abeba–Nairobi-Mombasa qui a permis d’accroître de 400 % les échanges commerciaux entre les deux pays.

Prenez le temps d’admirer le pont de Kazumgula, qui reliera le Botswana, la Zambie, la Namibie et la République démocratique du Congo. Il permettra de réduire le temps d’attente, de 14 jours à seulement une heure !

Le Fonds africain de développement (FAD) fait une grande différence en Afrique ! 

Pour faire plus, le FAD a besoin de votre soutien constant et sans faille. 

Nous nous sommes fixé de grandes ambitions.  

Grâce à l’initiative dite « Action positive pour le financement en faveur des femmes en Afrique (AFAWA) », nous sommes maintenant à l’aube d’une révolution financière, qui transformera le paysage du financement pour les femmes en Afrique, et pourrait aider à mobiliser au moins 3 milliards de dollars en faveur des femmes. L’AFAWA bénéficie d’un élan de soutien manifesté par plusieurs pays représentés ici aujourd’hui.  

Nous avons l’intention de doubler la part du financement consacré à la lutte contre le changement climatique pour la porter à 25 milliards de dollars à l’horizon 2025, dont la moitié sera fournie au cours de ce cycle du FAD-15.  

Nous réaliserons des avancées significatives sur l’initiative « Du désert à l’énergie », qui vise à transformer le Sahel en zone de production d’énergie solaire

Nous intensifierons nos efforts en matière de création d’emplois pour les jeunes, afin d’endiguer la vague migratoire vers l’Europe. 

Nous contribuerons à régler la question de la soutenabilité de la dette, grâce à un appui stratégique et institutionnel ciblé visant à améliorer la transparence de la dette, la comptabilité et l’évaluation de la vulnérabilité de la dette, en collaboration avec la Banque mondiale et le FMI.  

Et nous renforcerons notre soutien au développement du secteur privé et stimulerons les investissements, en réformant la réglementation des entreprises et des investissements.  

Vous pouvez confier au Groupe de la Banque davantage de ressources au titre du FAD.

Nous avons considérablement accru la capacité du Groupe de la Banque à faire plus. Le taux de vacance de postes a été réduit de moitié, passant de 24 % en janvier 2018 à 12 % en avril 2019. Encore 2 % seulement pour atteindre le taux convenu au titre du FAD-14, que nous allons pleinement respecter. Le Groupe de la Banque a renforcé sa présence régionale et dispose à présent de bureaux dans 41 pays, dont 25 pays FAD et 16 pays en transition.  

Je me réjouis d’indiquer que nous ayons recruté un professionnel dynamique de la Banque, Dr Yero Baldeh, au poste de Directeur du département des États en transition. Il a lui-même réalisé une transition, en quittant ses fonctions de Chef de bureau pays du Ghana pour son poste actuel.  

Et la Banque mettra pleinement en œuvre son approche dite d’« une seule Banque », ainsi que toutes les recommandations de l’évaluation indépendante du Modèle de développement et de prestation de services.

Les enjeux de l’atteinte des objectifs de développement durable pour l’Afrique, dont la date butoir se situe désormais dans un horizon de 11 ans, sont très importants. Il est temps d’accroître considérablement notre appui aux pays FAD.  

Ces pays ne peuvent pas être laissés pour compte.

Le FAD est unique. Il est axé sur l’Afrique. Il connaît l’Afrique. L’Afrique lui fait confiance. Il donne des résultats remarquables pour l’Afrique.

Vous avez fait du FAD une grande institution. Il donne des très bons résultats Le Groupe de la Banque africaine de développement est fier du FAD. Le Groupe de la Banque est fier de vous, les donateurs du FAD

Pour autant, l’expression de notre gratitude ne vaut pas les remerciements de plus de 209 millions d’Africains, dont les vies ont été touchées et transformées par le FAD au cours des trois derniers cycles entre 2011-2018.  

Ces voix et ces réalisations devraient vous encourager à savoir que vous investissez dans le bon instrument pour les États fragiles et à faible revenu d’Afrique : le FAD.  

Au fur et à mesure que vous augmenterez votre appui au titre du FAD-15, vous entendrez davantage de millions de voix vous dire merci.

Dans l’avion que j’ai pris pour venir, l’hôtesse de l’air m’a remis, juste avant l’atterrissage, une petite brochure dans laquelle il est écrit : « les Malgaches sont connus comme un peuple qui aime chanter et danser ». Ils ont « le rythme dans le sang ».

En entrant dans le salon de l’aéroport à mon arrivée, j’ai été accueilli par un groupe de cameramen et de journalistes, et l’un d’entre eux n’avait qu’une question à l’esprit : « Le FAD-15 va-t-il se traduire par une réduction du financement en faveur de Madagascar ? ».  J’ai regardé son sourire rayonnant d’espoir et je n’ai pu m’empêcher de lui dire « je crois que ça se passera bien ». Elle a dit, avec toujours un sourire : « j’espère qu’ils prendront cette bonne décision d’accroître le financement du FAD-15 ici pour nous ! »

Je suis sûr qu’elle aimerait danser, à la nouvelle de l’augmentation de l’enveloppe et des résultats de la reconstitution des ressources du FAD-15 pour l’Afrique - et pour Madagascar.  

Et nous pouvons danser tous ensemble. Et je viens d’apprendre que le Président Andry Rajoelina veut danser vite, puisqu’il veut que les choses se passent très vite - et qu’il est désormais surnommé le « TGV » : train à grande vitesse.

Faisons alors du FAD-15 un « TGV » pour Madagascar et pour le reste de l’Afrique.

Au nom des Malgaches et au nom des millions d’Africains dont la vie s’améliorera et qui chanteront et danseront comme les Malgaches, je vous dis merci pour une importante reconstitution des ressources au titre du FAD-15 !

Je vous remercie !

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