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Sommet de l’Union Africaine à Niamey : Allocution de M. Akinwumi A. Adesina, président de la Banque africaine de développement, à la rencontre des Premières Dames sur la lutte contre le mariage des enfants (Niger, 7 juillet 2019)

10-juil-2019

Excellences, Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO

Chères Premières Dames,

Distingués invités

Mesdames et messieurs

 

Je voudrais, tout d’abord, exprimer ma profonde gratitude au Dr Lala Malika MAHAMADOU ISSOUFOU, Première Dame du Niger, pour m’avoir invité à prendre part à cet événement. Ma présence à cette auguste assemblée constitue un honneur et un grand privilège.

Permettez-moi également, de féliciter Madame MAHAMADOU ISSOUFOU pour cette initiative, ainsi que toutes les autres Premières Dames, pour leur engagement dans la lutte contre le mariage des enfants et leurs efforts pour promouvoir la scolarisation des filles et leur maintien dans nos systèmes éducatifs. Le mariage des enfants et l’impossibilité d’accéder à l’école ou d’achever leur scolarité, sont parmi les principaux obstacles à la réalisation du plein potentiel des filles et à la croissance inclusive de nos sociétés.

La communauté internationale reconnaît que le mariage des enfants est une violation de leurs droits à réaliser pleinement leur potentiel, et s’est fixée comme objectif, d’éliminer cette pratique d’ici à 2030, en cohérence avec l’Objectif de développement durable N°5. Il nous reste à peine onze ans pour l’atteinte de cet objectif. Nous manquons de temps. Travaillons ensemble avec un sentiment d’urgence renouvelé, si nous voulons respecter cette échéance.

La lutte contre le mariage des enfants et la promotion de la scolarisation des filles ainsi que leur maintien à l’école, font partie des grandes croisades morales de notre époque. Votre rôle en tant que championnes de cette cause inspirera sans aucun doute, d’autres femmes et hommes consciencieux, à poursuivre ce combat.

La Banque africaine de développement reconnaît que le mariage des enfants demeure un phénomène alarmant en Afrique. D’où l’urgence du changement! C’est une tare que nous tolérons depuis trop longtemps. Quelques chiffres illustrent cette situation critique :

Dans toute l’Afrique, 125 millions de filles et de jeunes femmes se sont mariées avant leur 18e anniversaire, et plus d’une jeune femme sur trois en Afrique, s’est mariée pendant son enfance, et une sur dix avant son 15e anniversaire.

Malgré tous les efforts et les plaidoyers de nombreuses personnes - et je salue votre engagement personnel en tant que Premières Dames dans la lutte contre le mariage des enfants - les avancées enregistrées dans la réduction de ce fléau en Afrique sont insuffisantes. Au rythme actuel, il faudrait au moins 100 ans pour éliminer cette pratique

Il est urgent de prendre des mesures pour donner une impulsion à la scolarisation et au maintien des filles à l’école.

Le mariage précoce est un fléau qui menace l’avenir des filles, car les femmes sont tout à fait capables de contribuer au développement de leurs communautés et de leurs pays. En réalité, nous avons besoin d’elles. Parce qu’aucune région, ni aucun pays ne peut avancer s’il marginalise la moitié de sa population.

Les problèmes à résoudre sont nombreux et complexes : la pauvreté, la mauvaise alimentation, les longues distances à parcourir pour se rendre à l’école, et pour de nombreuses filles, la simple inexistence de toilettes dans les écoles, pour ne citer que ceux-là.

 

Appel à des stratégies efficaces pour remédier à cette situation

Nos défis sont complexes - et nous devons adopter une approche globale pour les relever. Le maintien des filles dans le système éducatif est l’un des meilleurs moyens de mettre fin au mariage des enfants. Parce qu’une fille instruite est une fille autonome.

Nous savons ce qu’il faut faire. Nous disposons des modèles et des outils pertinents pour assurer la mise en œuvre des programmes appropriés. Toutefois, cela ne suffit pas, ce dont nous avons besoin, c’est d’une volonté politique forte.

Investir dans la scolarisation des filles offre des avantages considérables, pour rompre le cycle de la pauvreté et favoriser une croissance économique inclusive.

Mettons donc en branle cette volonté politique. Mobilisons nos ressources - et engageons-nous dès à présent à mettre en œuvre un nouveau paradigme pour l’éducation, qui tienne compte de l’intérêt des filles.

La Banque africaine de développement s’engage à coopérer avec vous pour permettre aux filles et aux femmes de réaliser pleinement leur potentiel.

Dans le cadre de sa stratégie en matière d’égalité des genres, la Banque a défini une politique, un cadre stratégique et des outils appropriés pour guider ses interventions, et faire en sorte que la participation et les besoins des femmes soient pleinement intégrés dans tous ses programmes.

Investir dans un homme, c’est une chose - mais investir dans une femme, constitue un investissement dont les retombées rejaillissent sur toute sa communauté.

C’est une de nos priorités absolues - ce n’est pas seulement un enjeu pour l’Afrique, c’est aussi un enjeu mondial. Par conséquent, nous devons tous rester unis - institutions publiques non-gouvernementales, chefs religieux, communautés, familles et établissements scolaires - pour déployer une approche concertée et soutenue, afin de combattre le mariage précoce et promouvoir la scolarisation des filles.

Permettez-moi de saisir cette occasion pour saluer et féliciter la Première Dame du Ghana qui a récemment été désignée Championne au titre de l’initiative des Dirigeants africains pour la nutrition. J’invite toutes les Premières dames à soutenir leurs maris dans la prise de décision, par un plaidoyer en faveur de la nutrition. Je demande également aux maris de soutenir leurs épouses, et de s’inspirer de leurs sages conseils !

De toute évidence, aucun oiseau ne peut voler d’une seule aile. L’Afrique franchira plus vite les étapes vers le développement quand l’égalité homme-femme deviendra une réalité. J’ai hâte de travailler avec vous, chères Premières Dames, pour aider nos jeunes filles à devenir les femmes fortes de demain.

 

Je vous remercie.

 

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