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Une étude met en doute la capacité de l’Afrique à déployer une stratégie agro-industrielle

06/12/2016
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Une étude de la faculté Meredith Hanlon d’économie, de sciences de l’environnement et de biologie de l’Université américaine Allegheny, aux États-Unis, exprime des doutes quant aux capacités de l’agriculture africaine, en l’état actuel, à mettre en œuvre et appliquer une stratégie agro-industrielle.

Intitulée « Le secteur agricole africain est-il suffisamment durable pour soutenir une stratégie de développement agro-industrielle ? Données recueillies au Ghana et au Nigeria », l’étude a été présentée par Stephen Onyeiwu, professeur de ladite université, au cours d’une session sur la durabilité de l’agriculture, en marge de la Conférence économique africaine 2016 qui se déroule à Abuja.http://www.afdb.org/en/aec-2016/programme/day-one-monday-december-5th-2016/concurrent-sessions/session-12-agricultural-sustainability/http://www.afdb.org/aec

Pour Stephen Onyeiwu, le modèle agro-entrepreneurial véritablement durable est un moyen de stimuler la productivité des agriculteurs africains, et d’appeler les gouvernements à se lancer dans des mécanismes de financement innovants. « Ce secteur [de l’agriculture] souffre d’une dégradation de l’environnement et des effets du changement climatique. Notre approche prend en compte l’environnement, de l’équité et de la durabilité », a-t-il souligné. Il a ensuite identifié les obstacles auxquels sont confrontés aujourd’hui les agriculteurs africains – saisons sèches plus longues et précipitations plus importantes. « Entre autres limitations à l’agriculture mécanisée, a-t-il ajouté, figurent des régimes de propriété foncière décourageants, la topographie des terrains et la possibilité de les exploiter avec de gros tracteurs et des compétences techniques faibles pour la mécanisation ».

« La mécanisation peut se faire mais ce que nous devons savoir, c’est si elle peut se faire de manière durable, a poursuivi ce professeur de l’université Allegheny. Quand on discute avec les agriculteurs, ils disent que les pluies sont trop importantes et plus violentes. Le taux de déforestation est également très élevé, ce qui entraîne une perte très importante du couvert forestier, cause l’érosion des sols et l’élimination des nutriments ». Il a également parlé du faible recours aux engrais qui, selon lui, n’aide pas à améliorer les rendements agricoles.

Stephen Onyeiwu, dont l’étude examine les méthodes innovantes d’agriculteurs dans deux pays passés au crible – le Nigeria et le Ghana –, a insisté sur le fait que des politiques économiques équilibrées aideraient beaucoup à améliorer le sort des agriculteurs. Il a appelé les pays à se pencher sur les formes d’agriculture alternatives, tout en transformant l’agriculture en une dynamique entrepreneuriale, de sorte de pouvoir répondre aux défis écologiques.

Au Nigeria et au Ghana, des agriculteurs s’éloignent aujourd’hui des modes de production traditionnels et combinent production alimentaire et recyclage des nutriments de manière durable. « Il existe tant de moyens de rendre l’agriculture durable, a lancé Stephen Onyeiwu. Les gouvernements, les décideurs politiques et les parties prenantes devraient identifier des entrepreneurs comme ceux-là et les aider ».

Et de réfuter vivement l’idée selon laquelle les agriculteurs africains ne disposent pas de connaissances, affirmant que de tels agriculteurs sont qualifiés et maîtrisent les techniques novatrices de base à utiliser dans leurs fermes. « Ils ont seulement besoin d’être aidés sur le plan technique pour faire de l’agriculture une entreprise durable, a-t-il argué. Il leur faut des interventions imaginatives, à l’instar de des primes pour adopter les technologies ».

Répondant aux questions des participants à la séance, Stephen Onyeiwu a insisté sur le fait que la durabilité de l’agriculture a une dimension écologique, économique et d’équité. « Nous devons commencer par changer la perception erronée que nous avons de l’agriculture et faire savoir que c’est une profession légitime, pas seulement celle de ceux qui n’ont rien d’autre à faire », a-t-il affirmé.

Cette onzième Conférence économique africaine, organisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a pour thème : « Nourrir l’Afrique : vers une agro-industrialisation pour une croissance inclusive ».