Corridor routier Nairobi-Addis : Boom des échanges commerciaux dans l’est et la Corne de l’Afrique


Modèle d’intégration régionale, le corridor routier achevé en 2016 entre le Kenya et l’Éthiopie dope considérablement l’économie des deux pays. Principale bailleur de fonds, la Banque africaine de développement a cofinancé le projet à hauteur de 670 millions de dollars, soit 64 % du coût total de l’ouvrage.

À l’aube du XXIe siècle, le projet n’était qu’un rêve. Une décennie plus tard, la construction du corridor routier Mombasa-Nairobi-Addis-Abeba est devenue une réalité dans l’est et la Corne de l’Afrique. Véritable modèle d’intégration régionale, l’infrastructure réalisée avec le soutien de la Banque africaine de développement augmente les possibilités de commerce et d’emplois, tant en Éthiopie qu’au Kenya.

Long de 895 kilomètres, le corridor est composé d’un tronçon de 504 kilomètres dans la partie kényane reliant Merille à Turbi, en passant par Marsabit ; et de 391 kilomètres de route du côté de l’Éthiopie, entre Hageremariam, Yabelo et Mega. 

Le corridor est terminé du côté du Kenya depuis la fin de l’année 2016, et il ne reste qu’une portion d’étirement en voie d’achèvement en Éthiopie. Les travaux de cette dernière partie de la route prendront fin au cours de la première moitié de l’année 2019. Mais l’impact de cette route est déjà tangible et les activités commerciales entre le Kenya et l’Éthiopie se sont intensifiées.

Des usagers soulagés

Daniel Yatta est un chauffeur routier kényan du comté de Makueni. Il transporte des marchandises de Nairobi à Addis-Abeba depuis vingt-cinq ans – assez longtemps pour mesurer l’incidence de la nouvelle voie sur son activité et sur tous ceux qu’il côtoie le long du tronçon. 

« J’emprunte la route Nairobi-Addis-Abeba depuis de nombreuses années. Pour arriver à Moyale, depuis Nairobi, nous roulions pendant plus d’une semaine. Puis, de Moyale à Addis, il nous fallait une semaine entière », raconte-t-il. Avant d’indiquer à quel point le nouveau corridor lui a facilité la vie : « Depuis la construction de la route en 2016, nous passons très peu de jours à voyager. Avec 30 tonnes de fret, il ne me faut que vingt-quatre heures pour aller à Addis. »

Depuis la construction de la route en 2016, nous passons très peu de jours à voyager. Avec 30 tonnes de fret, il ne me faut que 24 heures pour aller à Addis-Abeba 

– Daniel Yatta, chauffeur routier.

Même sentiment de soulagement chez Teresa Kanina, vendeuse de légumes. Née à Meru, au Kenya, elle est arrivée en 2006 à Moyale, ville frontière qui se partage avec l’Éthiopie, pour faire de meilleures affaires.

« Pendant la saison des pluies, il fallait plus d’une semaine pour que les légumes soient livrés. Alors, quand ils arrivaient ici, ils étaient déjà pourris. Nous avons subi d’énormes pertes de produits et perdu beaucoup d’argent. Mais, aujourd’hui, les légumes arrivent en un jour », se réjouit-elle.

Chef de station au service des douanes et contrôle des frontières du Kenya, Paul Nyaga ne chôme pas non plus. Chaque jour, il doit inspecter les nombreux véhicules de passage, dont les contenus génèrent d’importants revenus pour son pays.

« Les produits que nous sortons du Kenya par le port de Mombasa et qui traversent le Kenya pour l’Éthiopie sont essentiellement le sucre, l’huile et le riz. Si, en 2014, nos recettes étaient légèrement au-dessus des 16 millions de dollars par an, elles sont passées aujourd’hui à 70 millions de dollars », révèle-t-il.

Du côté éthiopien, où la dernière partie du corridor reste à achever, les effets positifs sont tout aussi tangible. 

« Le nombre de véhicules qui passaient par notre autoroute auparavant se montait à 30 ou 40 au maximum par jour. Maintenant, il y a plus de 100 véhicules par jour », assure Tesfaya Antenyismu, chef d’équipe à l’administration routière éthiopienne pour la Direction de la région du Sud. Une hausse du trafic qu’il souhaite voir perdurer.

Pendant la saison des pluies, nous avons subi d’énormes pertes de nos produits. Et perdu beaucoup d’argent. Mais aujourd’hui, les légumes arrivent ici en un jour 

– Teresa Kanina, vendeuse de légumes.

               

Boom des échanges commerciaux

Selon les objectifs de la Banque africaine de développement, les échanges commerciaux entre le Kenya et l’Éthiopie devraient être multipliés par cinq, pour grimper de 35 à 175 millions de dollars à la fin du projet de construction du corridor. Et l’intensité des investissements étrangers dans la région observée en deux ans, entre 2016 et 2018, devrait encore améliorer cette performance. Ce, en raison de la réduction des coûts de transport et d’expédition des marchandises et de l’élargissement de la taille des marchés au-delà des frontières nationales. 

De fait, les coûts moyens de transport entre Isiolo à Merille, au Kenya, par exemple, devraient même chuter de moitié d’ici à 2019, et ainsi passer de 0,49 dollar le kilomètre à 0,28 dollar/km. En outre, la nouvelle voie internationale devrait générer 900 000 tonnes supplémentaires de marchandises en transit à destination et en provenance du port de Mombasa, soit 20 % du fret maritime total de l’Éthiopie. Du coup, c’est un pôle économique important qui est ainsi constitué et qui bénéficie – directement et indirectement – à plus de deux millions de personnes. 

« Depuis la construction de la route, nous avons assisté à une augmentation du volume des échanges commerciaux entre les deux pays, confirme Gilbert Kitiyo, commissaire du comté de Marsabit. Ses impacts sont très nombreux et visibles : on compte beaucoup de nouvelles stations-service. Nous avons également constaté une hausse des emplois pour les jeunes. Et les stands de vente de produits frais sont beaucoup plus nombreux. »

Enfin, le corridor contribue à la réduction de la pauvreté dans les deux pays, en améliorant l’accès aux marchés et aux services sociaux pour les zones environnantes et les communautés, tout favorisant l’autonomie des femmes et des autres groupes défavorisés.