« Pour développer son marché du textile, l’Afrique a besoin de son coton »

25/05/2017
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Les stylistes Pathé’O – Burkinabè d'origine et Ivoirien d'adoption – et Sidahmed Alphadi – Nigérien –, créateurs de mode de renommée internationale, ont plaidé la cause du coton africain, prérequis à l’essor de l’industrie du textile en Afrique.

C’était mercredi 24 mai 2017, dans le cadre des 52e Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, (BAD), lors d’une session intitulée « Fashionomics » et dédiée au secteur africain du textile-habillement. Le secteur représenterait un marché de 31 milliards de dollars EU en Afrique subsaharienne. C’est même le deuxième secteur le plus important en terme d’emplois dans les pays en développement – après l’agriculture –, selon la BAD.

« L’Afrique produit du coton, mais ce coton ne reste pas chez nous, a déploré Pathé’O, styliste-modéliste, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, créateur des célèbres chemises “Mandela”. Et de poursuivre : « Nos pays producteurs exportent tout et il ne nous reste rien. Croire que l’industrie de la mode, ce sont les autres, c’est faux. L’Afrique peut habiller l’Afrique. Mais pour se faire, elle a besoin de son coton. Pour passer de la mode à une vraie industrie, il faut développer la formation, les infrastructures et l’accès aux ressources financières ».

Le Nigérien Sidahmed Alphadi a renchéri dans le même sens : « Dans le temps, nous avions demandé que les pays producteurs de coton conservent au moins 25 % de leur production. Mais ça n’a jamais été respecté : c’est à peine si nous en gardons 2 % ». Avant d’ajouter : « J’ai été longtemps frustré parce que nos voix ne portent pas ».

Alors comment améliorer les choses ? Selon lui, il faut mettre un terme aux disparités de financement qui existent sur le continent en impliquant l’ensemble des décideurs du secteur : « Les gouvernement, les banques et les institutions financières ne nous accompagnent pas, notamment dans la zone francophone. Nous n’avons pas beaucoup d’appui. »  Sidahmed Alphadi dénonce des différences notables selon les parties du contient : « Les choses évoluent en Afrique anglophone. Si nos politiques nous accompagnent, nous pouvons créer beaucoup d’emplois et développer le marché du textile », a-t-il déclaré, en guise d’appel aux responsables politiques.

Fondatrice de l’initiative « Made in Africa », Helen Hai, par ailleurs vice-présidente et directrice générale des investissements à l’étranger pour le groupe Huajian, s’est adressée aux deux stylistes africains en mettant l’accent sur l’entreprenariat : « Malgré les difficultés, il faut avancer. Il faut compter sur soi-même, on peut commencer de rien et créer des vêtements, comme c’est le cas en Chine », a-t-elle affirmé.

« La créativité est capitale. Il faut adopter une autre approche, il faut créer, faire du neuf. Le temps de l’Afrique est venu dans ce secteur à fort potentiel », a lancé Nick Earlam, pdg du groupe britannique Plexus Cotton, spécialisé dans le coton, au Nigeria notamment. « C’est l’industrie textile qui va radicalement changer l’Afrique », a-t-il prophétisé.

Certes, l’industrie du textile offre de belles perspectives d’avenir, des perspectives qui pourraient devenir réalité, mais à trois conditions, ont nuancé Alphadi et Pathé’O : limiter l’exportation du coton ; créer les structures (se doter de nouveaux matériel) ; et former les jeunes.

En Afrique, l’industrie de la mode pourrait générer 15,5 millions de dollars EU dans les cinq ans, d’après la BAD – et ces chiffres restent encore bien loin du 1,3 milliard de dollars EU que cette industrie pèse à l’échelle mondiale.

Pour tenter de combler l’écart, dans un secteur où l’écrasante majorité de la main d’œuvre est composée de femmes et de jeunes, la Banque avait lancé, en 2015, l’initiative Fashionomics Africa (« économie de la mode en Afrique »), destinée à offrir un soutien aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) œuvrant dans le secteur de la mode et du textile en Afrique.

Dans ce cadre, la Banque a d’ores et déjà investi 10 millions de dollars EU à Madagascar, dans le Projet d’appui à la promotion des investissements (PAPI), qui cible les MPME du secteur et les femmes et les jeunes en particulier.

Les Assemblées annuelles 2017 du Groupe de la BAD se déroulent du 22 au 26 mai, à Ahmedabad, en Inde. Plus de 3 000 délégués, dont des chefs d'État et de gouvernement, des ministres des finances et responsables des banques centrales, ont répondu présent, aux côtés des représentants des institutions multilatérales de financement du développement, des agences de développement, du secteur privé, d’organisations non gouvernementales, de la société civile et des médias.

Pour en savoir plus sur l’initiative Fashionomics Africa de la BAD, cliquer ici.

Creating Wealth through Fashionomics, AM 2017