Au Cabo Verde, l’eau est un gage d’avenir

23/07/2018
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Au Cabo Verde, l’eau est un gage d’avenir

Imaginez que vous ayez à faire vingt kilomètres aller-retour rien que pour aller chercher quelques seaux d’eau. Sur l’île de Santiago, la plus grande île du Cabo Verde et le plus important pôle agricole du pays, c’était auparavant chose courante.

Dans les communautés rurales de Santiago, la vie et la survie gravitaient autour d’une agriculture de subsistance. Pendant des décennies, les problèmes d’approvisionnement en eau ont fragilisé la production agricole de la région.

Les Lopes sont une famille d’exploitants typiques de l’île de Santiago, qui travaillent leurs les champs sur un terrain escarpé. Plusieurs générations se sont succédées sur ces terres à peine cultivables, à la fois difficiles à cultiver et peu productives. Pendant la saison sèche, nombreux étaient les paysans qui se rendaient en ville pour chercher du travail et ainsi joindre les deux bouts. C’est n’est quasi plus le cas aujourd’hui.

« Toutes les conditions sont à présent réunies »

Grâce au projet de gestion des bassins versants Picos et Engenhos, financé par un prêt de 7,55 millions de dollars américains octroyé par la Banque africaine de développement, 17 nouvelles coopératives agricoles, qui fédèrent les intérêts de près de 1 000 femmes à la tête de petites exploitations, profitent d’un approvisionnement en eau régulier et ont ainsi vu leur production grimper en flèche.

Traditionnellement, les femmes pratiquent une culture vivrière dans le seul but de nourrir leurs familles, sans disposer de ressources en eau fiables. Or le cas d’Amalia Lopes, 50 ans, membre de l’une de ces coopératives de femmes, illustre parfaitement l’évolution du monde agricole au Cabo Verde. Grâce à ses champs désormais irrigués, elle vend davantage de haricots et de bananes, ce qui lui a permis d’envoyer son fils à l’université de Praia, la capitale du pays.

« Toutes les conditions sont à présent réunies », se réjouit Amalia, qui espère que les jeunes vont en profiter.

Dans le cadre de ce projet de gestion des bassins versants Picos et Engenhos que la Banque africaine de développement a financé, un réseau complexe de systèmes d’irrigation, de puits et de bassins de rétention a été bâti pendant sept ans, en même temps que plusieurs nouveaux barrages. La Banque a également contribué à organiser et développer des formations professionnelles, dont ont bénéficié un grand nombre de femmes : production agricole à long terme, construction d’infrastructures, ingénierie agricole, gestion du bétail, amélioration des pâturages...

Quand l’eau devient un gage d’avenir

« Aujourd’hui, les choses vont beaucoup mieux », assure Joana Lopes, membre de l’une des coopératives agricoles pour femmes de Picos. « Maintenant, je n’ai qu’à ouvrir le robinet pour avoir de l’eau ! » Un soulagement et un optimisme que viennent confirmer les statistiques officielles, qui révèlent les salaires moyens ont augmenté de 50 %, pour représenter aujourd’hui l’équivalent de 1 900 dollars par an. Joana est même devenue porte-parole de sa coopérative de femmes, en apparaissant à la télévision et en intervenant à la radio, ainsi que dans des émissions d’actualités. Elle est même devenue une célébrité locale dans son district, lorsqu’elle a été l’une des premières femmes de sa région à se rendre au Brésil, un pays qui a la même langue officielle que le Cabo Verde.

Herminia Minha est un autre exemple du succès et de l’impact du projet de la Banque sur le quotidien des habitants. Comme beaucoup d’autres de ses paires à Picos qui parviennent désormais à vendre leurs produits sur les marchés locaux à des prix compétitifs, elle gagne assez aujourd’hui pour pouvoir payer les études supérieures de ses enfants, ce qui était impensable il y a encore quelques années.

Une meilleure irrigation a pour résultat la production d’une variété plus large de fruits et de légumes. « À présent, je cultive des pommes de terre, des tomates, des choux, des betteraves et du chou chinois, égrène Joana Lopes. Je vends aussi beaucoup de citrons. »

Le Cabo Verde importe actuellement entre 70 et 75 % de ses besoins alimentaires. Mais les autorités se montrent optimistes et pensent que les progrès des techniques agricoles et de l’irrigation aideront à réduire le déficit commercial dans un proche avenir.

Le portefeuille actif de la Banque africaine de développement au Cabo Verde s’élève à plus de 101 millions de dollars, avec des projets dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’eau et de l’assainissement, ainsi que dans les secteurs social, agricole et de la gouvernance.


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