Énergies renouvelables : Pourquoi l’Afrique est la future grande puissance mondiale

La capacité de l’Afrique à développer les énergies renouvelables et à ouvrir la voie vers une plus grande utilisation est de plus en plus évidente. Des plus vulnérables au changement climatique, le continent africain prendrait d’énormes risques en se privant de cette opportunité.

07/12/2018
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Énergies renouvelables : Pourquoi l’Afrique est la future grande puissance mondiale

Cette capacité et ces risques ont été amplement examinés et discutés durant la Journée de l’énergie organisée au Pavillon de la Banque africaine de développement, lors de la COP24 en Pologne.

Si la production électrique offerte par les centrales traditionnelles est en progression lente mais constante, les modèles alternatifs misant sur de petites structures décentralisées (mini-réseaux, systèmes solaires domestiques…) paraissent désormais essentiels pour répondre au défi de l’accès universel à l’électricité en Afrique. Or, la capacité du continent à développer aujourd’hui ces structures locales est entravée par le manque de financement.

Lors d’une session portant sur le thème « Débloquer des financements commerciaux en faveur de la production à petite échelle d’énergies renouvelables en Afrique », le rôle de la Facilité d’inclusion énergétique (FEI), une plate-forme financière pour les emprunts parrainée par la Banque et alimentée à hauteur de 500 millions de dollars dans le but de produire des énergies renouvelables à petite échelle, a été mis en avant. Objectif de cette Facilité : fournir aux projets de petite taille et aux installations hors réseau des financements par emprunts de premier rang et par du crédit mezzanine.

La session a également été l’occasion pour un panel d’orateurs de partager des informations sur l’initiative « Desert to Power », qui vise à exploiter l’énergie solaire dans 11 pays du Sahel pour monter l’un des plus grands projets solaires au monde.

Une session ultérieure a ensuite fait le point sur les enseignements en matière d’efficacité énergétique en Afrique. Malgré l’énorme potentiel de production d’énergie du continent à partir de sources renouvelables, l’efficacité reste un élément essentiel pour un avenir durable.

Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), la capacité de l’Afrique en énergies renouvelables pourrait atteindre 310 GW d’ici à 2030, ce qui placerait le continent au premier rang de la production d’énergie renouvelable dans le monde. Il n’y a qu’à voir en effet son potentiel quasi-illimité en d’énergie solaire (10 TW), l’abondance en matière d’énergie hydroélectrique (350 GW), d’énergie éolienne (110 GW) et de sources d’énergie géothermique (15 GW).

L’Afrique jouit d’immenses perspectives pour bâtir un continent résilient au changement climatique et à faibles émissions de CO2, avec la possibilité d’investir dans des infrastructures résilientes et une agriculture « intelligente » qui s’adapte au climat et une gestion durable de ses ressources naturelles.

Au Maroc, le plus grand parc d’énergie solaire concentrée au monde

C’est peut-être l’Afrique qui a le plus besoin d’une révolution en matière d’énergies renouvelables  : 15 % de la population mondiale vit sur le continent, mais celui-ci devra supporter près de 50 % des coûts d’adaptation au changement climatique selon les estimations.

Des coûts qui devraient avoir un impact négatif sur les dépenses consacrées à la santé, à l’approvisionnement en eau, à l’agriculture et à la foresterie, malgré la bien maigre contribution du continent aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (moins de 4 %).

À quoi il faut ajouter le déficit persistant en énergie : la majeure partie des 600 millions de d’Africains sans accès à l’électricité vit en Afrique subsaharienne. La pauvreté énergétique dans l’ensemble du continent freine le développement économique et coûte entre 2 et 4 % du PIB par an au continent.  

« Le manque d’énergie est l’un des facteurs clés qui entravent  le développement économique de la région », souligne, Magdalena J. Seol, de la Banque africaine de développement et coordinatrice du projet « Desert to Power », en cours de déploiement dans la région du Sahel. « Sans [énergie], envisager une croissance économique est impossible. »

Afin d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables, la Banque africaine de développement a placé l’énergie au sommet de ses priorités, dites High 5, et lancé le New Deal pour l’énergie en Afrique, dont l’objectif est l’accès universel à l’énergie en Afrique à l’horizon 2025.

Pour ce faire, il faut rehausser la fourniture d’énergie du réseau à hauteur de 160 GW et raccorder 130 millions de personnes. En outre, la Banque a pour objectif de relier 75 millions de personnes à des systèmes hors réseau et d’offrir à 150 millions de ménages l’accès à une énergie propre pour la cuisson des aliments.

La Banque africaine de développement collabore également avec les pays africains pour transformer leurs secteurs publics de l’énergie et attirer des investissements dans de nouveaux marchés énergétiques.

« Nous fournissons un appui tout au long de l’élaboration des projets, en mettant à disposition des ressources allant des capitaux de départ jusqu’à l’assistance technique, le financement des emprunts et les investissements en fonds propres qui permettent d’élaborer une série de projets dans le domaine des énergies renouvelables en Afrique, a précisé João Duarte Cunha, responsable des initiatives et des partenariats dans l’énergie à la Banque africaine de développement.

Nous travaillons également en étroite collaboration avec les gouvernements pour comprendre et aborder les questions de politique générale en vue de créer les conditions propices à la prospérité de ce secteur », a-t-il ajouté.

Avec des initiatives comme le New Deal pour l’énergie en Afrique et la coopération des partenaires de la Banque africaine de développement, la transition en matière d’énergies renouvelables en Afrique continuera de s’accélérer et permettra de dégager de meilleures opportunités de développement pour le continent et d’offrir des avancées sur les plans sanitaire, agricole et économique.

« L’énergie ne constitue pas une fin en soi pour les communautés locales », a tenu à souligner Dean Cooper, directeur du développement des marchés du secteur de l’énergie chez SNV ‒ une organisation internationale de développement à but non lucratif fondée aux Pays-Bas – , dans une déclaration finale lors de la session consacrée au thème « Débloquer des financements commerciaux en faveur de la production à petite échelle d’énergie renouvelable en Afrique ». Et d’ajouter : « L’énergie permet de réaliser des choses et d’avancer : gardons toujours cela à l’esprit. »


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