Nourrir l’Afrique

Transformation de l'agriculture

  • + 300 millions de personnes additionelles nourries de façon appropriée
  • + 100 millions de personnes sorties de la pauvreté
  • + 190 millions d'hectares où la productivité a été restaurée

L'accès à la nourriture, en quantité et en qualité, est un droit humain fondamental. Il est également essentiel pour éradiquer la faim et la malnutrition et disposer d'une main-d’oeuvre productive et en meilleure santé. Bien que l'agriculture emploie plus de 60 % des travailleurs en Afrique et représente près du tiers du PIB du continent, le continent africain est la région du monde qui souffre le plus de manque de nourriture, comptant plus de 232 millions de sous-alimentées, soit environ une personne sur quatre.

L'insécurité alimentaire structurelle est un défi particulier dans les économies fragiles, qui sont disproportionnellement vulnérables aux chocs des prix des ressources et des produits de base et où le mauvais état des infrastructures agricoles, la mauvaise gouvernance et la faiblesse des institutions engendrent une faible productivité et une forte dépendance à l'égard des importations de produits alimentaires.

Les femmes souffrent systématiquement de discrimination sur l'ensemble du continent, par exemple en ce qui concerne la propriété foncière, d'où le peu de possibilités qu'elles ont de tirer parti des chaînes de valeur agricoles. Cette situation est en outre exacerbée par l'inégalité d'accès des femmes aux intrants, aux prises de décisions dans les foyers, à l'éducation, aux financements et aux marchés. La FAO estime que l'élimination des disparités entre les hommes et les femmes pourrait accroître les rendements agricoles de 20 à 30 %, et il y a de nombreux éléments qui prouvent les familles tirent d'immenses avantages de l'élimination du fossé entre les genres. En raison de ces facteurs, la facture des importations nettes de produits alimentaires de l'Afrique s’est élevée à 35,4 milliards d’USD en 2015. Ces importations concernent essentiellement une quinzaine de chaînes alimentaires, dont cinq produits de base, à savoir, le blé, le sucre, le riz, la viande de bœuf, le soja.

L'Afrique est dotée d'un immense potentiel de production agricole et on y trouve 60 % des terres arables inexploitées du monde. L'accroissement de la demande de nourriture et les changements d'habitudes de consommation entraînent une hausse rapide des importations nettes de produits alimentaires, qui devraient passer de 35 milliards d’USD en 2015 à plus de 110 milliards d’USD d'ici à 2025, une tendance qui pourrait être inversée par une augmentation de la production africaine. L'exportation de produits agricoles primaires demeure très élevée en Afrique, comparativement aux autres régions du monde. L'agriculture est donc un secteur à fort potentiel de création d'emplois, principalement dans les économies fragiles. Étant donné l'importance de l’alimentation et de la nutrition, la promotion des chaînes de valeur et l'amélioration de l'accès aux marchés devraient favoriser la diversification économique, accroître les revenus, améliorer la sécurité alimentaire et la stabilité macroéconomique, contribuer à l'atténuation des conflits et empêcher les migrations internes et externes.

La Banque a élaboré une Stratégie de transformation agricole à long terme pour l'Afrique. En octobre 2015, elle a organisé à Dakar une Conférence ministérielle de haut niveau sur le thème « Nourrir l'Afrique – Un Plan d'action pour la transformation de l'agriculture en Afrique » en vue de définir une stratégie pour libérer le potentiel agricole du continent et stimuler la création d'emplois de manière à diversifier les économies. Le Programme de transformation agricole (ATA)(1) soutient la réalisation des principaux objectifs de développement durable à travers le développement d'un secteur agro-industriel inclusif et compétitif. Cette vision est sous-tendue par quatre objectifs spécifiques, à savoir : i) éradiquer la pauvreté ; ii) éradiquer la faim et la malnutrition ; iii) faire de l'Afrique un exportateur net de produits alimentaires et iv) hisser l'Afrique au sommet des chaînes de valeur à vocation exportatrice où elle possède un avantage comparatif.

Grâce à cette stratégie, la Banque contribuera à libérer le potentiel des pays à faible revenu en utilisant une approche suivant laquelle les pays commenceront à considérer le secteur comme une entreprise et le point de démarrage de l'industrialisation. Pour libérer le potentiel agricole et traiter la question de l'insécurité alimentaire, il faudrait des interventions multisectorielles fortes (par exemple, le développement infrastructurel, l'utilisation intensive d'intrants agricoles et la mécanisation, l'accroissement de l'accès aux crédits et l'amélioration des systèmes de propriété foncière), des réformes de politique appropriées, la promotion de l'emploi des jeunes et des femmes, et l'adoption d'une approche de chaînes de valeur intégrées qui met l'accent sur l'accès aux marchés et sur l'agriculture écologique. La Banque collaborera avec d'autres organisations pour l'aménagement, dans la mesure du possible, de zones agro-industrielles pouvant produire des produits à valeur ajoutée. La Banque financera également des infrastructures régionales et améliorera le dialogue sur la politique générale afin de lever les obstacles au commerce, ce qui réduira la volatilité des prix des produits alimentaires ainsi que l'insécurité alimentaire. Enfin, la Banque privilégiera les projets agricoles qui s'attaquent aux inégalités hommes femmes et offrent aux femmes un accès égal aux opportunités dans toutes les chaînes de valeur agricoles.

La Banque entend jouer un rôle déterminant dans la stimulation de la transformation agricole, en collaboration avec ses partenaires, et ce, par trois moyens : i) orchestrer au niveau sectoriel les activités de la Banque et des partenaires afin de mettre en place des plans d'emprunt axés sur l'impact et un plan de mise en œuvre de la transformation basé sur des données factuelles, sous forme la forme du « Partenariat pour la transformation agricole en Afrique » (PTAA); ii) concevoir et conduire les domaines d'intervention essentiels à la fois pour promouvoir la transformation et pour exploiter les avantages comparatifs de la Banque et iii) intensifier et reproduire les activités et programmes des partenaires considérés comme des cas de réussite et qui sont susceptibles de jouer un rôle clé dans la transformation du pays et de certains produits de base.

L'objectif général de la priorité « Nourrir l'Afrique » consiste à faire de l'Afrique un exportateur net de produits alimentaires à l'horizon 2025. La transformation suppose la mobilisation de ressources et de capitaux, ce qui offrira l'occasion d'orienter les acteurs de la croissance inclusive et de la croissance verte tout au long des chaînes de valeur. Pour transformer une première série de chaînes de valeur agricoles, il faudrait environ 280 à 340 milliards d’USD sur les dix prochaines années. Cet investissement devrait créer de nouveaux marchés d'une valeur de 55 à 65 milliards d’USD par an d'ici à 2025. Les investissements du Groupe de la Banque dans l'agriculture (tant publique que privée) devraient quadrupler, passant des 612 millions d’USD en moyenne par an à 2,4 milliards d’USD.

Il n’y a absolument aucune raison pour que l’Afrique soit une région importatrice nette de produits alimentaires, ce qui l’oblige à dépenser plus de 35 milliards de dollars par an. L’Afrique doit pouvoir s’alimenter elle-même - et l’Afrique doit devenir une puissance mondiale dans les domaines de l’alimentation et de l’agriculture. 

– Akinwumi Adesina, président de la BAD

(1) Le Plan d'action de Dakar pour la transformation agricole comporte 18 objectifs.

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