Afrique de l'Ouest / Ébola : l’importance d’avoir une vue d’ensemble

19/11/2014
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Ébola a certainement des effets dévastateurs sur le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. Mais ce qui est dit quant à l'impact économique du virus peut faire beaucoup plus de dégâts encore. Donald Kaberuka, président de la BAD, avait déjà mis en garde contre les scénarios ultrapessimistes, appelant à se montrer prudent face aux récits d’apocalypse.

Représentant moins de 1 % du PIB du continent, les trois économies les plus touchées sont marginales – même à l’échelle régionale. L’impact de la pandémie sur le commerce dans la région a été marginal. Si l’industrie du tourisme a été quelque peu affectée, dans des pays aussi éloignés que l’Afrique du Sud, ce secteur, bien qu’en plein essor, pèse pour moins de 3 % du PIB de l’Afrique subsaharienne

Pour l’heure, rien ne prouve que les investisseurs aient perdu tout intérêt pour l’Afrique de l’Ouest, exception faite des trois pays les plus affectés. Habitués à prendre des risques – qui signifient aussi souvent des retours sur investissement fructueux –, ils voient simplement Ébola comme un risque parmi d’autres dont il faut tenir compte. Selon le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale, l’Afrique reste une région attractive pour investir, abritant 6 des 10 économies les plus dynamiques au monde, ainsi que 5 des 10 pays les plus performants – tous situés en Afrique de l’Ouest et centrale.

Le plus grand risque est que les prédictions apocalyptiques conduisent à une sorte de prophétie auto-réalisatrice, en décourageant investisseurs et voyageurs, et en freinant les perspectives de la région, pourtant jugée en plein essor.

Analyses et experts devraient plus s’attacher aux défis économiques autrement plus importants auxquels la région est confrontée, qui retiennent beaucoup moins l'attention alors que leur impact est plus grand. Ainsi, la volatilité des prix des produits de base est le principal sujet de préoccupation actuel. Autre exemple : la baisse des cours du pétrole (-25 % depuis juin) réduit les perspectives de croissance au Nigeria ainsi que les efforts d’exploration et le volume d’IDE dans le reste de la région. Mais cette baisse des cours est une bonne nouvelle pour les pays importateurs, leur permettant de réduire la facture énergétique. Les cours des produits agricoles comme le cacao  sont un facteur beaucoup plus déterminant en matière d’investissements qu’Ébola, de meilleurs prix de cacao conduisant à des revenus plus élevés en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Le virus Ébola est une terrible tragédie qu’il faut combattre avec tous les moyens nécessaires. Mais il existe d’autres problèmes économiques plus pressants ; se tromper sur les enjeux conduirait à rater des opportunités, voire causerait plus de dégâts encore.

Lire le post de blog en entier (en anglais).


Sections Connexes

"La Banque africaine de développement a été l’une des premières à mobiliser toutes les ressources possibles pour lutter contre Ébola."

Donald Kaberuka, ancien président de la BAD

Programme de riposte contre Ebola

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