« Si ça ne peut pas être mesuré, ça ne peut pas se faire » : disposer de données fiables, un prérequis capital pour le développement

15/10/2014
Share |

Pour accomplir des progrès en Afrique, les politiques de développement doivent nécessairement être éclairées par des données tant fiables que disponibles. La disponibilité de données fiables et libres d’accès revêt une importance capitale, non seulement pour garantir la qualité de la gouvernance et la redevabilité, mais également, et de plus en plus, pour motiver les prises de décision et l’allocation des capitaux au sein du secteur privé.

Tels est le message que Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD), a délivré dans son allocution liminaire, le jeudi 9 octobre 2014, lors de la manifestation consacrée à « Faire la révolution des données en Afrique subsaharienne », au Centre du développement mondial à Washington D.C.

« Notre aptitude à progresser dans notre marche en avant dépendra de notre aptitude à mesurer ce que nous faisons », a tenu à souligner Donald Kaberuka. « Nos politiques seront d’autant plus efficaces qu’elles seront éclairées par des données solides et fiables ».

Le président de la BAD n’a pu que reconnaître la faiblesse de l’Afrique en ce domaine, en comparaison d’autres régions. Cependant, des avancées considérables ont été enregistrées ces dix dernières années en termes de qualité et de fiabilité des données collectées et qui puissent être comparées à l’international, après qu’un certain nombre de problèmes ont été résolus au niveau des institutions, des infrastructures et des capacités juridiques. La BAD a consacré quelque 100 millions de dollars EU au développement de capacités statistiques au sein de ses pays membres régionaux (PMR).

Avec d’autres partenaires et les pays concernés, la Banque a appuyé des actions destinées à remettre en état les registres d’état civil en Afrique, à adapter les normes internationales dans les statistiques aux environnements locaux, à assurer l’harmonisation, la production et la diffusion des données, et à généraliser la pratique de sondages et de recensements sur le continent.

La Banque a lancé différentes initiatives, parmi lesquelles l’Autoroute de l’Information en Afrique. Cette plateforme de données ouvertes, qui entend offrir un libre accès aux données officielles et autres statistiques disponibles, est alimentée par les différents portails installés dans la plupart des pays et des organisations régionales du continent. Elle a permis d’appuyer le renforcement des capacités pour la production de statistiques en matière d’infrastructures, de marché du travail, d’agriculture et de développement rural, et de lancer le Programme international de comparaison pour l’Afrique (ICP), qui vise la standardisation des statistiques sur les prix et les revenus à travers les pays.

« Nous devons faire le nécessaire pour continuer de renforcer les statistiques africaines, les comptes nationaux, les balances des paiements, le commerce, les situations monétaires, les statistiques de l’emploi et, surtout, les enquêtes auprès des ménages et les recensements », a ajouté Donald Kaberuka.

Les statistiques africaines ont fait l’objet récemment de critiques, quand de sérieuses révisions ont dû été apportées aux chiffres de PIB après un changement de base qui a eu lieu dans un certain nombre de pays africains. Les données relatives à la réduction de la pauvreté en Afrique et à l’essor des classes moyennes se sont également heurté à un certain de scepticisme.

Donald Kaberuka a tenu néanmoins à noter que ces controverses ne tiennent pas compte du fait que les résultats ont été semblables à ceux qu’affichaient d’autres régions, que le “rebasage” constitue un exercice statistique périodique que tous les pays pratiquent et que les changements spectaculaires observés s’expliquent par des délais importants du rebasage et de transformation économique. À mesure que les pays d’Afrique procéderont au rebasage plus souvent, les révisions reflèteront des changements moins flagrants et plus semblables à ceux des autres régions.

S’agissant des données relatives à la pauvreté et à la classe moyenne, la BAD a proposé un seuil alternatif, basé sur l’approche ICP.

« Je salue sans réserve les appels à une révolution des données destinée à appuyer les processus d’élaboration politique, de planification et de décision pour le programme de développement post-2015 », a déclaré le président de la BAD, soulignant que les initiatives proprement africaines qui ont été lancées depuis dix ans présentent un riche potentiel en faveur d’une révolution des données en Afrique.

« Nous continuerons de collaborer avec tous les partenaires pour renforcer les capacités statistiques à travers la région dans le cadre de la mission globale que la BAD s’est fixée, celle d’œuvrer à l’allègement de la pauvreté et de favoriser une croissance durable et inclusive à travers le continent », a-t-il conclu.