Sénégal : Des progrès significatifs dans les infrastructures mais peut mieux faire

21/10/2014
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Le Sénégal a réalisé des progrès significatifs dans  les infrastructures, précisément dans les domaines routiers et portuaires, mais il reste à faire. « De grands défis restent à relever au cours de la décennie, pour des dépenses annuelles estimées par l’Étude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique (Africa Infrastructure Country Diagnostics, AICD) à près de 2 milliards de dollars E.U par an, et dont plus de la moitié concerne le sous-secteur de l’énergie.

Dans le sous-secteur des transports, en dépit du renforcement du cadre institutionnel, avec la mise en place et l’opérationnalisation du Fonds d’entretien routier autonome et la mutation de l’Agence autonome du transport routier  en Agence des travaux et de gestion des routes , l’entretien routier et les conditions d’ensemble dans les corridors doivent encore être améliorés.

Pour atteindre le niveau de compétitivité visé, « l’Etat doit  effectivement relever le défi des infrastructures. Les secteurs et sous-secteurs concernés sont ceux de l’énergie ; des transports (routes, ports et aéroports) ; des télécommunications. » S’agissant du diagnostic, les objectifs du secteur énergie  déclinés dans la lettre de politique de développement du secteur de l’énergie adoptés en 2003 et mis à jour en 2009, n’ont pas été atteints en dépit des efforts engagés.

L’énergie défi  de la décennie

 Le sous-secteur de l’énergie continue de traverser une crise profonde et complexe engendrant des dysfonctionnements continus sur l’ensemble de la filière. Un plan d’urgence électricité 2011-2015, appelé Plan Takkal, issu du diagnostic du secteur réalisé en 2009, fut élaboré. En 2011, les coûts de la crise énergétique ont été estimés à 1% de croissance. Dans le moyen terme, ce coût pourrait passer à 2% de croissance annuelle si aucune mesure n‘est prise pour inverser cette tendance.

« Les nouvelles autorités sont convaincues du rôle majeur de l’énergie pour une économie compétitive et sont résolues à réaliser l’ambition d’émergence du Sénégal. » Elles ont,  en effet, redéfini les orientations de la Nouvelle lettre de politique de développement du secteur de l’énergie  et par voie de conséquence son élaboration. Ainsi, au titre de la production de l’électricité, l’accent devrait être mis sur la diversification des sources d’énergie primaire et sur une politique de mix énergétique, associant les énergies fossiles (charbon et hydrocarbures liquides et gazeux), l’énergie hydraulique et les énergies renouvelables notamment solaire, éolienne et de biomasse.

Cette politique globale devrait être accompagnée par des actions nécessaires relatives au redressement financier et opérationnel de la  Société nationale d’électricité (SENELEC), à la réforme de l’environnement institutionnel et au renforcement de la gouvernance du sous-secteur. Les défis de la décennie en cours sont de rendre le sous- secteur compétitif.

Désenclaver et entretenir le réseau routier

Au niveau  du secteur des transports, les infrastructures routières constituent  un réseau classé de 14 959 Km .Toutefois, « le sous-secteur  souffre  entre autres handicaps  de l’inexistence d’un schéma routier directeur, de l’obsolescence des textes  de lois régissant le classement routier, du défaut de maintenance régulière et de la surcharge des camions qui accélère la détérioration des routes, de la faiblesse normes de sécurité routière, de l’insuffisance des financements. » Pour y pallier le Sénégal devra se pencher sur le désenclavement de ses régions voire par-delà  à travers l’inter continentalité ; poursuivre sa politique de maillage du territoire ; ouvrir des corridors ; mettre en application les charges à l’essieu et mobiliser des financements.

Dans le secteur ferroviaire, le pays dispose de 1058 km de voies ferrées, dont 958 km de voies principales et 152 de voies secondaires.

 Cependant, entre 2006 et 2010, le trafic n’a fait que décroître. Les réalisations ont été freinées du fait des mauvaises performances du  concessionnaire du chemin de fer Dakar-Bamako et des retards dans la réalisation du programme d’urgence visant la réhabilitation de la voie et  du parc de transport.

Le portuaire face à la faible rentabilité de la desserte côtière

Pour le portuaire, avec un littoral de 700 km, le Sénégal est doté d’un grand port en eau profonde, le port autonome de Dakar (PAD) centre nerveux du commerce e extérieur et du transit intra régional et d’un réseau de transport fluvial. Le sous- secteur des transports maritimes concentre 95% des échanges internationaux (importations et exportations) du Sénégal, avec le renforcement de la plateforme portuaire composé du PAD et de six ports secondaires.

 En dépit de l’envergure des échanges internationaux du fait de la modernisation du PAD, le sous-secteur reste confronté aux contraintes que sont, entre autres,  le faible niveau d’activité des ports secondaires ; la faible rentabilité de la desserte côtière ; la part marginale du transport fluvial ; et l’absence d’escale maritime sur la frange côtière dotée d’équipements appropriés.

 Avec le contrat du terminal à conteneurs, le Sénégal peut accueillir des gros navires de 3ème génération et le PAD peut se positionner comme port d’éclatement de l’Afrique de l’Ouest avec une capacité pouvant atteindre 1 500 000 conteneurs. Dans l’immédiat il s’agit donc d’améliorer la compétitivité du PAD; développer les ports secondaires et favoriser le transport fluvial.

Développer les services aéronautiques et les infrastructures aéroportuaires

Le réseau aérien du Sénégal compte actuellement l’aéroport international de Dakar, l’aéroport Léopold Sédar Senghor, quatre aéroports de moyenne importance et douze aérodromes secondaires.

Pour résoudre les problèmes de lenteur  et de  saturation du trafic de l’aéroport Léopold Sédar Senghor et dans la perspective de faire de Dakar un hub aérien, le Sénégal construit un nouvel aéroport moderne dont la capacité est estimée à 3 millions de passagers par an et dont la mise en service est prévue en 2014.

Dans  cette perspective, les nouvelles autorités se sont fixées comme objectif en matière de transport aérien de développer les services aéronautiques et les infrastructures aéroportuaires. Les défis à affronter impliquent de: réaliser des infrastructures aéroportuaires conformes aux standards internationaux, dotées d’équipements de navigation aérienne de dernière génération (aéroport international Blaise Diagne et réhabilitations/équipements des aérodromes régionaux) ; renforcer les capacités de tous les acteurs du sous-secteur.

Infrastructures des télécommunications, un dynamisme accru

L’environnement des TIC au Sénégal se caractérise par un dynamisme des services et une croissance du trafic .De 38132  souscripteurs à des fréquences fixes d’Internet. en 2007, ce nombre est passé 92713 en 2011.Pour ce qui est des utilisateurs d’Internet, leur nombre est passé de 883 548 en 2007 à 2 234 322 en 2011.

Cependant, le dynamisme du sous-secteur demeure confronté à certaines contraintes notamment : l’absence d’une stratégie nationale des TIC ;  un cadre réglementaire peu favorable à la prise en compte des évolutions technologiques ;  l’absence d’un observatoire du numérique capable de fournir une information complète sur le secteur des TIC et son apport à l’économie ; et l’absence d’un plan de formation aux métiers dans les métiers spécifiques aux TIC et télé-services.

Selon le rapport 2012 du Forum économique mondial sur les technologies de l’information, le Sénégal est classé 100ème sur 142 pays avec un score de 3,4 (sur 7), présentant ainsi un résultat moyen, tout à fait honorable, au-dessus des autres PMA.

L’ambition de l’émergence d’une économie numérique  passe par l’amélioration de  la qualité de l’interconnexion du Sénégal au monde et la maîtrise des TIC ; l’amélioration de la qualité de l’infrastructure des télécommunications et de connectivité à internet, notamment dans les zones rurales ; la  promotion d’un environnement concurrentiel, attractif pour les investisseurs, propice à l’émergence d’une industrie des télé-services. Enfin, il faudra faire émerger les PME spécialisées dans la fabrication des produits et services informatiques.

Sauter le pas en matière d’environnement institutionnel et réglementaire

Le Sénégal a choisi d’améliorer le climat des affaires avec de vigoureuses  réformes, sous l’impulsion du Conseil présidentiel de l’investissement. Celles-ci ont donné des résultats encourageants entre 2003 et 2012 dans les nouvelles technologies de l’information et des communications et les transports, qu’il convient de renforcer et de consolider.

A  ce titre, l’Agence de régulations des télécommunications  fut créée, et est devenue en 2006, l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP). Elle doit garantir une concurrence saine et loyale, au bénéfice des opérateurs du sous-secteur, des consommateurs et de l’économie en général.

Dans le cadre de l’harmonisation de la règlementation applicable aux TIC dans l’espace de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le Sénégal a ratifié en 2007 l’acte additionnel relatif à l’accès et à l’interconnexion des réseaux et services du sous- secteur des TIC.

Le Sénégal applique également les 6 directives de l’UEMOA sur l’interconnexion. Toutefois, comme indiqué plus haut, le dynamisme du sous-secteur demeure confronté à certaines contraintes notamment : l’absence d’une stratégie nationale des TIC ; un cadre réglementaire ne favorisant pas la prise en compte des évolutions technologiques ; l’absence d’un observatoire du numérique capable de fournir l’information complète sur le secteur des TIC et son apport à l’économie ; et l’absence d’un plan de formation aux métiers dans les métiers spécifiques aux TIC et télé-services.

Impacts des infrastructures sur la compétitivité

La productivité et la compétitivité sont essentielles pour le développement du secteur privé. En effet, « l’amélioration de la disponibilité, de l’accessibilité et de la qualité des infrastructures réduit de manière significative les coûts et la qualité des facteurs de production, qui sont importants pour la décision d’investir dans les facteurs de production. »

En effet, « pour que les entreprises sénégalaises soient performantes dans un monde globalisé, elles doivent s’appuyer sur des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires, offrant des coûts abordables. Elles leur permettront aussi bien d’importer et d’exporter des biens et services de consommation intermédiaire sur les marchés que de faciliter le mouvement de main d’œuvre. »

 A ce titre, le pays a mis en branle un ambitieux programme de développement des infrastructures pour combler leur déficit (par l’acquisition d’infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires) et de favoriser la compétitivité qui a déjà un impact positif sur la mobilité interne et la productivité des entreprises.